Boire des étoiles

novembre 12, 2018

La vingtième et dernière d’une série d’ébauches de chapitres pour un livre-cadeau illustré et au style populaire sur la manière dont la Bible a façonné beaucoup de facettes de nos vies occidentales. Vos commentaires sont les bienvenus.

LA BIBLE, LE VIN ET LA BIERE

« Venez vite ! » cria Dom Pérignon à ses amis moines bénédictins, « je bois des étoiles ! » Le maître de chai de Hautvillers, en Champagne française, venait de goûter le résultat de son expérience de double fermentation qui a abouti à la découverte du champagne. L’exaltation de ‘boire des étoiles’ que lui et ses frères vécurent ce jour-là, est aujourd’hui partagée dans le monde entier par ceux qui ont quelque chose à célébrer : des jeunes mariés aux champions de Formule 1. L’appellation ‘Dom Pérignon’ désigne aujourd’hui le champagne millésimé le plus fin du marché.

Que Pérignon, le moine, (1637-1715) expérimente des procédés de vinification, ne devrait pas surprendre. Depuis le haut Moyen-Âge, la production de vin et de bière était étroitement liée à l’histoire de la Bible, des moines et des communautés monastiques.

Les vins et les bières ont existé depuis les temps les plus reculés de la civilisation, bien avant l’apparition du christianisme. Bien que la Bible mette en garde contre l’ivresse, le thème du vin et des vignes occupe une place importante, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Le vin était un don de Dieu pour réjouir le cœur des hommes. Jésus transforma l’eau en vin, lors d’un mariage, et fut lui-même accusé d’être un buveur de vin. Il raconta de nombreuses paraboles impliquant des vignes et se décrivit lui-même comme le vrai cep, ses disciples étant les sarments.

Le vin était une partie essentielle du culte. Lorsque Jésus transforma la Fête de la Pâque juive en rituel chrétien de l’Eucharistie, ou de la Sainte-Cène, il donna, aux générations suivantes de ses disciples, une raison de planter des vignes partout où ils apporteraient l’évangile. Le vin était un élément essentiel dans le sacrement de la communion, comme l’écrivait Paul (1 Corinthiens 11:25) : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. »

Les Pères de l’Eglise primitive voyaient dans le vin l’affirmation de la bonté de la création de Dieu, par opposition au gnosticisme de l’époque. Martin de Tours (316-397), pionnier du développement du vin dans l’ouest de la France, devint plus tard le saint patron des producteurs de vin. Benoît de Nursie (env. 480-547) prescrivit un rythme quotidien de prière et de travail, ora et labora – plus une herminia de vin par jour (environ 275 ml). Les monastères bénédictins introduisirent un nouvel ordre et une discipline spirituelle dans le chaos consécutif à l’effondrement de la Pax Romana. Partout où les moines bénédictins s’installèrent, ils introduisirent le vin : en Bourgogne, en Bavière, en Franconie, en Rhénanie, en Thuringe, en Prusse et en Suisse.

Au début du second millénaire, le mouvement de réforme cistercien rétablit l’importance première, accordée par les bénédictins, au travail agricole et créa de nombreux vins célèbres, tels que le Côte d’Or, le Nuits-Saint-Georges, le Clos de Vougeot et le Riesling. Une branche de Cisterciens originaires de l’Abbaye de La Trappe, en Normandie, devint célèbre pour ses bières. Aujourd’hui, douze monastères en Europe et aux Etats-Unis, brassent encore de la bière trappiste.

En Europe septentrionale, où le raisin ne pouvait pas si facilement être cultivé, la bière était la boisson de base. L’eau potable n’était pas aisément disponible jusqu’à des temps plus récents. Les maladies transportées par l’eau, telles que le choléra, étaient fréquentes. Le vin et la bière étaient moins dangereux à boire parce que l’alcool et le processus de fermentation permettaient de tuer les micro-organismes dangereux. Avant la Réforme, les communautés monastiques fournissaient les brasseries pour les villes. Vers 1500, par exemple, Utrecht (Pays-Bas) comptait vingt-huit monastères et vingt-quatre brasseries dans ses murs.

Les Réformateurs, tels que Luther, Calvin, Zwingli, et plus tard, les Puritains et Wesley, croyaient tous que le vin était un don de Dieu. Katharina, l’épouse de Luther, était une ancienne nonne cistercienne qui brassait sa propre bière, tandis que son mari était payé en bouteilles de vin pour sa prédication. Malgré ceci, la Réforme dans les pays d’Europe septentrionale, et plus tard, le Siècle des Lumières français et les conquêtes napoléoniennes, fermèrent voire détruisirent beaucoup de monastères, ce qui a entraîné la privatisation de nombreux vignobles et brasseries monastiques.

Les Puritains anglais, les Piétistes allemands et les Huguenots français, tous des Protestants émigrés dans les colonies américaines, échouèrent dans leurs tentatives d’implantation de vignobles là-bas. Le vin importé devint inabordable pour les gens ordinaires qui se sont mis au rhum et au whisky. Avec le temps, l’ivrognerie conduisit au mouvement de tempérance, axé sur les abus de spiritueux, et non de vin et de bière, mais qui, à son tour, devint un mouvement prohibitionniste contre tous les alcools, largement soutenu par les Evangéliques en Amérique et en Grande-Bretagne.

En Irlande, l’ivresse généralisée due au gin et au whisky, dérangea également Arthur Guinness, qui fut influencé par le ministère de John Wesley et qui fonda la première Ecole du Dimanche dans cette nation. Il croyait que Dieu lui avait dit dans la prière de ‘faire une boisson qui serait bonne pour les hommes’. Le résultat fut la bière brune stout Guinness, à teneur réduite en alcool, avec une telle quantité de fer que les gens se sentaient rapidement satisfaits et buvaient donc moins.

Quelle que soit notre position sur le prohibitionnisme, nous ne pouvons pas nier l’influence de la Bible et des mouvements répandant le Christianisme en Europe, sur le développement de quelque chose d’aussi, apparemment, séculier que le vin et la bière.


À la semaine prochaine,

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