Ce ‘complot romain’

mars 27, 2017

Il y a soixante ans, lorsque le Traité de Rome fut signé pour lancer la Communauté économique européenne, beaucoup de protestants y virent une preuve claire d’un ‘complot romain’ afin d’accomplir le scénario de la fin des temps d’Apocalypse 17 de la renaissance d’un  Empire romain.

En fait, ce que les ‘hommes en noir’ d’Allemagne, d’Italie, de France, de Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas signèrent ce jour-là était un document de 180 pages principalement composé de pages blanches. Le document officiel avec le texte convenu était toujours dans un train, en provenance de Bruxelles et bloqué quelque part à la frontière suisse. Les autorités décidèrent toutefois de procéder à la cérémonie au cours de laquelle les signatures furent ajoutées à une pile de papier blanc.

Néanmoins, les intentions étaient authentiques et aboutirent à une région exempte de barrières commerciales et de prix, une étape au-delà de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier naissante, vers l’Union européenne actuelle. La cérémonie de Rome du 25 mars 1957 est actuellement désignée par les médias comme étant ‘la naissance du projet européen’ ; pourtant la date de naissance officielle est le 9 mai 1950, lorsque Robert Schuman présenta sa proposition surprise de mettre en commun les industries du charbon et de l’acier françaises et allemandes, lors d’un discours de trois minutes à Paris.

Dans ce qui doit certainement être considéré comme ‘le moment décisif de l’Europe d’après-guerre’, la Déclaration Schuman posa les fondations de la Maison européenne, au sein de laquelle vivent aujourd’hui en paix, 500 millions d’Européens de 28 (bientôt 27) nations. C’est pourquoi le 9 mai, et non le 25 mars, est appelé la Journée de l’Europe. Ce fait reste un des secrets les mieux gardés dans certains des pays membres fondateurs comme les Pays-Bas, mais est bien connu dans des nouvelles nations membres, comme la Slovénie, que j’ai visitée la semaine dernière.

Ma visite là-bas a été organisée dans le but de présenter la traduction slovène de mon livre sur l’histoire de Schuman, Deeply Rooted, que la maison d’édition Družina Publishing House avait prévu de publier pour le 60ème anniversaire du Traité de Rome. Parmi ceux qui étaient impliqués dans les présentations figuraient l’ancien Premier ministre et actuel eurodéputé, Lojze Peterle, l’ancien ambassadeur à Bruxelles, Igor Senčar, et le professeur Igor Bahov, chacun d’entre eux ayant contribué aux préfaces de la nouvelle traduction.

Main de fer

Si Schuman avait pu observer les commémorations à Rome ce week-end dernier, il aurait été très surpris de la croissance de la communauté qu’il avait engendrée. Car, en 1950, Staline continuait de serrer sa main de fer sur la moitié de l’Europe. Seuls les rêveurs et les visionnaires ont osé prévoir le jour où les pays de l’Europe de l’Est et centrale seraient réunis avec leurs homologues occidentaux.

Schuman n’aurait, par contre, pas été surpris du choix de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne, un processus qui commencera cette semaine. Sans aucun doute, comme beaucoup d’autres aujourd’hui, il aurait été déçu. Pourtant, depuis le début, il avait mis en garde que la Grande-Bretagne trouverait toujours embarrassante sa relation avec le reste de l’Europe, étant donné sa loyauté envers le Commonwealth et ses relations transatlantiques historiques spéciales.

Un journal néerlandais a comparé l’Union européenne actuelle à une vieille tante qui pense qu’elle agit dans l’intérêt de tous, et qui est pourtant de plus en plus détestée par les plus jeunes membres de la famille car elle se mêle de leurs affaires. Mais, comme l’éditorial le suggérait, ces plus jeunes membres avaient oublié – ou étaient trop jeunes pour se rappeler – du rôle clé que cette ‘tante’ avait joué en réglant des disputes de famille et en ramenant tout le monde autour de la table. Supposez qu’elle disparaisse, comme certains semblent le souhaiter ; elle ferait cruellement défaut.

Croisée des chemins

Aujourd’hui, encore une fois, l’Europe est à la croisée des chemins. Ce n’est rien de nouveau. L’histoire du projet européen est l’histoire de nombreuses crises, chacune d’entre elles étant une autre étape incertaine vers un avenir inconnu. Schuman, lui-même, a traversé de nombreuses crises, stimulé par sa foi chrétienne et son engagement envers ‘un modèle démocratique de gouvernance qui, par la réconciliation, se développe en une communauté de peuples dans la liberté, l’égalité, la solidarité et la paix, et qui est profondément enracinée dans les valeurs chrétiennes de base’.

Voici un projet bien trop important pour simplement le laisser aux politiciens. En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas rester sur la touche avec des attitudes critiques, en essayant d’adapter les développements dans nos scénarii de la fin des temps. L’Europe de demain est notre responsabilité collective. Certes, l’Union européenne est un projet humain bien imparfait, qui ne doit pas être confondu avec le royaume de Dieu ou l’Eglise. Nous sommes pourtant appelés à prier afin que le royaume de Dieu vienne, c’est-à-dire que Sa volonté soit faite en Europe, comme elle l’est au ciel. Notre point de départ ne devrait pas être que Dieu ait prédestiné l’Europe ‘à devenir la Bête’. Nous devrions, au contraire, reconnaître, que c’est toujours la volonté de Dieu que Sa volonté soit faite – même en Europe.

À quoi cela pourrait ressembler ? Avec cette question à l’esprit, nous organisons chaque année le Forum sur l’état de l’Europe – pour amener des croyants européens de différents horizons et appels, afin de rechercher ensemble un chemin vers ‘une communauté de peuples dans la liberté, l’égalité, la solidarité et la paix’.

Puis-je vous inviter à nous rejoindre à La Valette, à Malte, les 7 et 8 mai prochains, alors que nous prions et œuvrons pour une Europe ‘d’espoir, de guérison et d’hospitalité’ ?


À la semaine prochaine,

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