Langue et littérature

septembre 17, 2018

La douzième d’une série d’ébauches de chapitres pour un livre-cadeau illustré et au style populaire sur la manière dont la Bible a façonné beaucoup de facettes de nos vies occidentales. Vos commentaires sont les bienvenus.

Aucun livre n’a eu une influence comparable à la Bible sur le développement des langues et de la littérature : en Europe à l’est et à l’ouest, au Moyen-Orient durant plus de deux millénaires, et dans le monde au cours des quatre derniers siècles. La Bible a été traduite dans plus de langues que n’importe quel autre livre. Elle est citée dans la littérature plus souvent que toute autre source.

Au cours des premiers siècles de notre ère, la Bible fut traduite de l’hébreu, de l’araméen et du grec en langues copte, syriaque, arménienne, éthiopienne, gothique et latine.

Ulfilas créa l’alphabet gothique, au 4ème siècle, spécialement dans le but de traduire la Bible (voir photo ci-dessus). Plus tard, au cours du même siècle, la traduction latine de Jérôme devint la Bible standard pour l’Eglise catholique romaine jusqu’aux temps modernes. Les peuples slaves, à orientation romaine, notamment les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes et les Croates, adaptèrent l’alphabet latin à leurs propres langues.

Les Slaves de foi Orthodoxe orientale utilisaient l’alphabet cyrillique, développé au 9ème siècle, pour la traduction de la Bible par les frères missionnaires grecs, Cyrille et Méthode. Aujourd’hui, plus de 50 langues utilisent les lettres cyrilliques, dont le biélorusse, le bulgare, le kazakh, le kirghize, le macédonien, le monténégrin, le russe, le serbe, le tadjik, le turkmène, l’ukrainien et l’ouzbek.

Avec un texte standard faisant autorité, divers dialectes cédèrent la place à l’orthographe formalisée et à l’utilisation unifiée. Ce processus commença plus tard en Europe occidentale, avec l’idée de la Réforme que tous devraient avoir accès à la Bible dans leur langue maternelle.

En 1516, pour la traduction parallèle de son Nouveau Testament, en grec et en latin, Erasme entendait aider les autres à traduire la Bible dans des langues européennes autochtones. Grâce à d’anciens manuscrits apportés récemment en occident par des moines fuyant la conquête ottomane de Constantinople en 1453, il osa corriger de nombreuses erreurs de la Vulgate de Jérôme et choqua les institutions en Europe.

Facilitées par la presse à imprimer, récemment inventée, des traductions entières de la Bible parurent très rapidement par la suite, en biélorusse (Skaryna, 1517), en allemand (Luther, 1522), en français (Lefèvre d’Étaples, 1530), en anglais (Coverdale, 1535), en suédois (Gustav Vasa, 1541) et en polonais (Brest, 1563).

Au cours des siècles suivants, la Bible a été traduite dans toutes les langues européennes. Aujourd’hui, le livre entier est disponible dans le monde entier en 554 langues, plus que tout autre livre, avec des parties de la Bible en quelque 3.000 langues.

Un riche héritage de proverbes, de phrases et de mots bibliques devint ainsi partie intégrante du langage quotidien dans beaucoup de cultures européennes. La langue anglaise est particulièrement redevable à William Tyndale dont la traduction du Nouveau Testament de 1526, achevée en exil en Europe continentale, représentait 90% de la King James Version de 1611. Les traductions de la Bible, en langue française, ont donné beaucoup d’expressions utilisées quotidiennement en Francophonie, dont :

Un tohu-bohu, le fruit défendu, un jardin d’Eden, être en tenue d’Adam et d’Eve, vieux comme Mathusalem, une traversée du désert, baisser les bras, un bouc émissaire, la manne, œil pour œil, dent pour dent, le combat de David et Goliath, fort comme Samson, un colosse aux pieds d’argile, boire la coupe jusqu’à la lie, le chant du coq, vivre un calvaire, à chaque jour suffit sa peine, incrédule comme Saint-Thomas, jeter la pierre, un baiser de Judas, ne pas semer les perles devant les pourceaux, nul n’est prophète en son pays, pleurer comme une Madeleine, des pleurs et des grincements de dents, rendre à César ce qui appartient à César, un bon Samaritain, s’en laver les mains, crier sur les toits, bâtir sur le roc, bâtir sur le sable…

Jusqu’à il y a une génération, les prénoms anglais s’appelaient officiellement ‘prénoms chrétiens’. En Francophonie, combien dans nos cercles de famille ou d’amis ont des noms tirés de la Bible ou de l’histoire chrétienne ? Par exemple, Adam, Ève, Noé, Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob, Rachel, Joseph, Aaron, Myriam, Josué, Ruth, Esther, Jonathan, David, Jonas, Daniel, Samuel, Elisabeth, André, Pierre, Jean, Jacques, Marie, Anne (ainsi que d’innombrables variations de ces deux noms), Matthieu, Marc, Paul, Luc, Thomas, Etienne, Philippe, Timothée, Antoine, Christophe, Christine, Catherine, Marguerite, Martin, Patrick, Monique, Véronique, etc.

La Bible est, elle-même, une littérature couvrant l’histoire, la narration, la poésie, les lettres et les écrits visionnaires. Elle a aussi inspiré certains des livres les plus influents de l’histoire, dont La cité de Dieu (Augustin), Histoire ecclésiastique (Eusèbe de Césarée), Histoire ecclésiastique du peuple anglais (Bede), La divine comédie (Dante), Le paradis perdu (Milton), Le voyage du pèlerin (Bunyan), Faust (Goethe), Un Chant de Noël (Dickens), Les Frères Karamazov (Dostoïevski), Le Seigneur des Anneaux (Tolkien) et les Chroniques de Narnia (Lewis).

Shakespeare, élevé avec la Bible de Genève de 1560, et qui, selon la rumeur, aurait contribué à la King James Version, cite la Bible 1350 fois, évoquant au moins 42 livres de la Bible dans ses œuvres.

D’innombrables livres et travaux de recherche académiques continuent d’être écrits au sujet de la Bible, certains s’opposant même fermement à son message. Pourtant, ignorer la Bible revient à adopter l’ignorance de notre riche héritage linguistique et littéraire.

En vérité, la Bible a nourri l’âme de la langue et de la littérature européenne comme aucun autre livre.


À la semaine prochaine,

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