L’Europe en test

septembre 17, 2015

‘J’ai eu faim, et vous m’avez jeté de la nourriture comme à un animal dans un zoo. J’ai été étranger et vous avez érigé une barrière de barbelés de 175 kilomètres pour m’empêcher d’entrer. J’ai eu soif, j’ai été malade et j’ai eu besoin de vêtements et vous m’avez menacé d’une peine de prison de trois ans si je traversais la frontière illégalement, et de cinq ans si j’endommageais la barrière.’

 

‘Mais Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif ou être étranger et avoir besoin de vêtements ou malade ou en prison, et ne t’avons-nous pas aidé ? Tu ne veux certainement pas parler de ces Musulmans ?’

‘En vérité je vous le dis, tout ce que vous n’avez pas fait à l’un des plus petits de ceux-ci, vous ne l’avez pas fait pour moi.’ Alors, ils s’en iront au châtiment éternel, mais le juste aura la vie éternelle.

Des paroles fortes, certes, mais basées sur les affirmations de Jésus, dans Matthieu 25, et qui ont une pertinence totale pour nous, en Europe, aujourd’hui.

L’ironie est que certains de nos dirigeants, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban, justifient cette approche dure contre les demandeurs d’asile comme étant nécessaire pour préserver l’Europe en tant que continent ‘chrétien’. D’autres, emmenés par Angela Merkel, prétendent que le cœur de l’identité chrétienne de l’Europe ne sera préservé que par des actes de compassion chrétienne, et non par l’exclusion, la confrontation et le rejet.

En soutien à Merkel, le quotidien britannique de centre-gauche, The Guardian, rédigea :L’imagination morale des Ecritures hébraïques a été déterminée par un peuple de réfugiés fuyant l’oppression politique en Afrique du Nord, et recherchant une nouvelle vie pour eux-mêmes, loin de la violence et de la pauvreté. Maintes et maintes fois,les livres des Ecritures hébraïques rappelle à ses lecteurs de ne pas oublier qu’ils étaient eux-mêmes aussi dans cette situation et que leur éthique devrait être structurée autour de l’aide pratique motivée par la sympathie (compassion).

Collaboration

L’archevêque Justin Welby a dit à David Cameron que le quota de 20.000 réfugiés proposé par le Premier ministre ‘est une réponse encore bien maigre en comparaison aux chiffres donnés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCNUR) et la Commission européenne ; et qu’il est très probable que cela augmentera durant les cinq prochaines années.’ Un problème de cette taille ne pourrait, moralement et de façon crédible, être traité que par une collaboration européenne généralisée, expliqua-t-il à la Chambre des Lords.

Le Pape François a aussi été franc dans son soutien pour les immigrés, disant que ‘l’évangile nous appelle à être près des plus petits et des abandonnés’. ‘Que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe, reçoive une famille’ déclara-t-il.

Oui, la crise est beaucoup trop importante que pour la laisser aux politiciens et même aux dirigeants d’églises. Nous, les Européens, quelle que soit notre place dans la société, pouvons jouer un rôle, même si ce n’est que de dire à nos politiciens ce que nous attendons d’eux.

‘Rencontre & Repas’

Ici, aux Pays-Bas, dans notre ville voisine d’Apeldoorn, des chrétiens se sont mobilisés ce week-end afin d’accueillir des centaines de Syriens et d’Ethiopiens dans leurs maisons pour des repas, et pour fournir une amitié et un soutien continus. La campagne ‘rencontre et repas’ est destinée à se répandre dans d’autres centres aux Pays-Bas, et a été rapportée par la radio nationale comme étant un grand succès.

La crise des réfugiés est une des nombreuses crises atteignant l’Europe qui ne disparaîtra pas de sitôt. La crise est devenue la nouvelle norme. La manière dont nous, les croyants, répondrons à ce défi influencera la crédibilité de l’Eglise et de l’Evangile, tout comme ce fut le cas dans les premiers siècles de l’Eglise, lorsque les croyants, avec sacrifice,tendirent la main à ceux qui n’étaient pas de leur groupe.

Nous ne devrions pas oublier que toute l’attention des médias sur l’arrivée des réfugiés en Europe ne se focalise que sur la pointe de l’iceberg, tout comme le fait remarquer l’Archevêque Welby. Regardez les vidéos, merveilleusement simples, du Professeur Hans Rosling expliquant des problèmes mondiaux complexes dans un langage simple (en anglais). Son discours sur les réfugiés syriens explique qu’avant le conflit, 20 millions de personnes habitaient en Syrie. Parmi ceux-ci, 8 millions sont aujourd’hui ‘des déplacés internes’ en Syrie, tandis que 4 autres millions vivent dans les pays voisins de la Turquie, du Liban et de la Jordanie. A ce jour, 250.000 immigrants syriens ont fait la demande d’asile dans l’Union européenne, un chiffre qui représente moins de 2% du nombre de réfugiés déplacés de chez eux.

Idéalisme

Certains voient cependant l’ouverture des frontières, des nations et des maisons, comme un idéalisme fourvoyé. A ma grande consternation et embarras, j’ai vu des messages sur Facebook, cette semaine, de la part d’amis et de collègues chrétiens, estimant qu’au lieu d’accepter les réfugiés, nous devrions mettre plus d’argent, de soldats et d’armes pour combattre l’Etat Islamique. Nous avons besoin de réparer leurs maisons dans leur pays, plutôt que de leur donner des maisons dans le nôtre. Et bien, nos efforts occidentaux de ‘réparer leurs maisons’ montrent peu de signes de succès. Pendant ce temps-là, que faisons-nous avec les réfugiés ?

Tout comme Merkel l’a demandé, allons-nous, nous les Européens, vivre selon nos valeurs européennes auto-professées ? Ou bien croyons-nous aux Droits de l’Homme seulement pour les Européens (non Musulmans) ?

Notre place, du bon ou du mauvais côté de la barrière, selon ce que Jésus dit en Matthieu 25, pourrait bien dépendre de notre réponse face à la crise actuelle.


À la semaine prochaine,

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