Un vide nostalgique

février 23, 2015

Un documentaire explorant le ‘vide ambiant de la société post-moderne’, classé dans le top 10 du festival du film de Montréal, sortira la semaine prochaine à Bruxelles et à Paris.

Trois jeunes cinéastes québécois ont élaboré un projet afin d’inciter une conversation pour l’ensemble de la société à propos des fondements des valeurs sociales. Le résultat est ‘L’heureux Naufrage’, un montage de 52 minutes, de réflexions de philosophes, d’artistes, d’écrivains, de réalisateurs, de chanteurs et d’autres personnalités du monde francophone des deux côtés de l’Atlantique, intercalées par des images d’archives et des illustrations contemporaines. Le documentaire s’articule sur des questions existentielles rarement abordées dans les débats publics, dans les discussions de famille ou entre amis. Destiné à une audience qui, libérée de la ‘barge lourde de la religion institutionnelle’ (d’où le titre ‘L’heureux naufrage’), commence à réaliser que quelque chose d’essentiel a été perdu lorsque la religion a été rejetée. Ce film a déjà été diffusé deux fois à la télévision nationale canadienne.

Après une projection à la conférence annuelle des enseignants du Québec, un ministre de l’Education demanda officiellement la création d’un cours d’enseignement secondaire avec 15 thèmes hebdomadaires abordés par le film. Un cardinal ayant assisté à la projection du film lors d’un rassemblement d’évêques de la Province de Québec, prit 20 copies afin de les distribuer à d’autres cardinaux de Rome.

Signification

Noémie Jean-Bourgeault, une des cinéastes, se présenta à moi lors d’une conférence sur les missions urbaines que j’ai donné en 2012. Je n’avais aucune idée du but du projet qu’elle, sa sœur Xavie, et son beau-frère Guillaume, préparaient jusqu’au jour où j’ai visionné l’avant-première. Alors que je regardais, je réalisais quel excellent modèle que cette jeune équipe avait produit, pour aborder le vide nostalgique de notre société sécularisée. En voici quelques remarques poignantes:

  • On est dans la seule époque où quand un garçon de 15 ans demande à son père : ‘quel est le sens de la vie ?’, le père se tait. Eric-Emmanuel Schmitt, écrivain.
  • Le problème du christianisme aujourd’hui est qu’il est devenu invisible. Il est présent sans dire son nom. Ce qui fait qu’il y a un tas de gens qui disent : ‘je suis complètement athée, je suis totalement antichrétien, mais je respecte l’égalité de tous les êtres humains, les droits de l’homme, la liberté de conscience, etc.’ Ils n’ont pas conscience que ces valeurs-là n’auraient peut-être pas pu exister dans nos sociétés s’il n’y avait pas eu le message des Evangiles qui en est la source. Frédéric Lenoir, écrivain, philosophe et spécialiste français de la religion.
  • J’ai perdu la foi vers dix-sept, dix-huit ans. Je suis devenu athée… Et puis, j’ai fait des enfants. Il fallait que je les élève et leur transmette un certain nombre de valeurs… et les valeurs que je tenais à leur transmettre étaient pour l’essentiel celles que j’avais reçues. Des valeurs d’amour, de justice, de douceur, de pardon, de sincérité, de simplicité, etc. (Mais) personne ne peut inventer des valeurs. Les valeurs que vous devez transmettre à vos enfants vont bien au-delà de vos convictions personnelles. André Comte-Sponville, philosophe athée français.
  • Les paroles de Jésus sont incontournables. Pour moi, ce sont les plus grandes paroles jamais prononcées sur le sens de la vie. J’ai abandonné la pratique religieuse mais la voix de Jésus me revient. Denys Archand, cinéaste.
  • Les valeurs auxquelles nous croyons tous : l’égalité, la liberté, le progrès, etc., si on les coupe de leurs racines, si on oublie d’où elles viennent, comment elles se sont construites au cours des siècles, vont devenir comme des fleurs coupées qu’on met dans un vase. Au bout de trois jours, elles sont fanées. Et il arrivera la même chose avec les valeurs auxquelles nous croyons. Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain, correspondant de guerre pour ‘Le Monde’, co-fondateur de ‘Reporters sans Frontières’.

Première

La semaine prochaine, Noémie sera à Bruxelles (le jeudi 5 mars) et à Paris (le vendredi 6 mars), pour présenter la première du documentaire aux audiences belge et française. Les billets sont en vente sur place ou sur Internet. Des DVD sont aussi disponibles sur Internet.

Ceci est un bel outil que nous pouvons utiliser pour démarrer des conversations sur la source de nos valeurs sociales.

 


À la semaine prochaine,

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