Une voix de l’Est

mai 13, 2019

« Sans son identité chrétienne, l’Union européenne ne représente rien de plus qu’un cadre bureaucratique supranational duquel un nombre de plus en plus grand d’Etats-nationseuropéens se sentent éloignés. »

Dans un langage clair et direct, le public de l’imposant Palais patriarcal de Bucarest a entendu l’ancien ambassadeur de Roumanie au Vatican, à Paris et à Lisbonne inaugurer le Forum sur l’état de l’Europe, un événement organisé chaque année dans la capitale du pays qui assure la présidence de l’Union européenne (voir la vidéo du direct).

Fervent chrétien orthodoxe, le Dr Teodor Baconschi (à droite sur la photo), qui a également occupé le poste de ministre des Affaires étrangères de son pays, a déclaré que l’opinion orientale était que l’Occident, ayant abandonné son identité chrétienne et ses valeurs traditionnelles en faveur du ‘politiquement correct’, a connu une escalade de l’euroscepticisme et dynamisé les critiques populistes.

La Célébration de la Journée de l’Europe de ce dernier jeudi visait à souligner le rôle de la foi de Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, dans la naissance du projet européen par le biais de sa déclaration Schuman de trois minutes, le 9 mai 1950.

Le discours d’ouverture faisait suite à l’accueil du Père Ionut Mavrichi, représentant Sa Béatitude, le Patriarche Daniel. Après avoir récité le Symbole de Nicée, j’ai invitéle Père Mavrichi à discuter du rôle du symbole dans la formation de l’Europe. Dans une pensée de la semaine précédente, j’avais écrit sur le symbole qui, à la fois, a uni l’Europe, en donnant aux peuples de l’Europe un cadre de foi commun, que divisé l’Orient et l’Occident en un schisme tragique qui a duré plus de neuf siècles.

Oui, a affirmé le Père Mavrichi, le Symbole de Nicée avait en effet joué un rôle fondamental dans la formation de l’Europe. Il a cité un philosophe roumain qui avait discuté avec l’historien allemand, Oswald Spengler, qui considérait que les débuts de l’Europe se trouvaient dans le nord avec Charlemagne. Non, rétorqua le Roumain, les vrais débuts de l’Europeeurent lieu en 325 apr. J.-C.,avec le Concile de Nicée. Sa formulation de la foi chrétienne à partir de la révélation de Dieu à travers Christ, avait donné à l’Europe un cadre commun pendant près de dix-sept siècles. Malheureusement, la controverse du ‘filioque’, au sujet d’une phrase ajoutée par l’Eglise occidentale, avait mené, au 11ème siècle, à l’excommunication mutuelle entre l’Orient et l’Occident.

Les statistiques concernant le christianisme,dans de nombreuses régions d’Europe occidentale aujourd’hui, peuvent être décevantes, a-t-il ajouté, et pourtant, comme l’ont montré les récents événements – en se référant à l’incendie de Notre-Dame – beaucoup étaient encore sous le charme des cathédrales.

Sous-estimé

« Aujourd’hui, nous voyons une Europe qui tente de se réinventer tout en niant ses racines chrétiennes. Espérons que nous reviendrons à la raison en tant qu’Européens. Je suis un Européen et mes convictions devraient également être représentées au niveau européen, »a déclaré le Père Mavrichi en conclusion.

Le Dr Baconshi a poursuivi ce débat dans son discours, affirmant que l’importance de la religion était sous-estimée pour forger un destin européen commun.

«Je me compte parmi les critiques du sécularisme radical, » a-t-il déclaré, « un phénomène qui, je pense, peut expliquer en partie la montée de l’euroscepticisme dans tout le Vieux Continent. »

L’Europe avait renoué avec la profonde sagesse de l’expérience chrétienne, après 1945, a-t-il rappelé, annonçant la plus longue période de paix et de prospérité de l’histoire de notre continent. Il est donc de notre devoir de revenir constamment sur les circonstances qui ont concrétisé le rêve d’une Europe unie. Le projet européen fut à la fois conceptualisé et mis en pratique par des Catholiques et des Protestants chrétiens. La doctrine démocrate-chrétienne fut inspirée par la doctrine sociale de l’Eglise catholique qui définit une Union européenne libre et paisible. Les souverainetés nationales ne devaient pas être sapées mais plutôt unifiées selon les principes de subsidiarité et de solidarité inspirés par le christianisme et selon une conception personnaliste des droits de l’homme.

Aspirations perdues

Cependant, sous le libéralisme et le sécularisme, l’avenir se définissait par opposition au passé. Aucun dogme ou tabou n’avait été suffisamment significatif pour défier la quête utopique d’une liberté sans restriction.

Aujourd’hui, la plupart des Européens n’aspirent à rien de plus qu’une vie de confort et ont perdu leurs aspirations métaphysiques.

L’élargissement européen a englobé de nombreuses nations postcommunistes qui définissaient encore leur identité par rapport aux valeurs chrétiennes traditionnelles. La fracture culturelle séparant l’Orient de l’Occident est devenu plus manifeste. Cela a posé la question suivante, a suggéré le Dr Baconschi : Bruxelles et les gouvernements des 27 Etats-membres réalisent-ils l’importance de l’identité religieuse pour combler le fossé culturel entre les moitiés orientale et occidentale de l’Union européenne ?

« Nous ne voulons par faire partie d’une communauté européenne qui renonce à son identité judéo-chrétienne et méprise le désir de ses citoyens de préserver leurs modes de vie, leurs traditions et leurs valeurs fondamentales, » a-t-il mis en garde.

Le Dr Evert Van de Poll (à gauche sur la photo), réagissant en tant que Protestant occidental, disait que l’Occident avait besoin d’entendre ce message de l’Orient. La voix des valeurs avait été réduite au silence. Nous avons besoin de personnes comme le Dr Baconschi pour nous rappeler de ce qui se produit lorsque nous perdons nos valeurs, a-t-il déclaré.

Des bases solides avaient été posées pour le forum du lendemain au Palais parlementaire –dont il sera fait rapport dans la prochaine Pensée de la semaine.


À la semaine prochaine,

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