Paralysie mondiale

mars 16, 2020

Comment le monde peut changer en, à peine, quelques jours !

Alors que la gravité de la situation mondiale commençait à s’enfoncer vers la fin de la semaine dernière, de plus en plus de gouvernements ont annoncé des mesures de plus en plus strictes pour lutter contre la propagation du virus COVID-19. Les écoles, les restaurants, les musées, les églises, les concerts et les conférences ont été fermés, annulés ou sévèrement restreints, à une échelle plus mondiale que jamais auparavant,de mémoire d’homme. (J’aurais dû assister à un concert de la Passion selon Saint-Mattieu au moment où j’écris ceci, s’il n’avait pas été annulé.)

Bien que plus étendu que la tragédie du 11 septembre, l’héritage à long terme du Corona causera beaucoup plus de victimes et menacera beaucoup plus d’emplois au niveau mondial que l’événement qui a soi-disant ‘tout changé’, faisant 3.000 morts et 6.000 blessés. Un peu plus de deux mois après la première identification du virus à Wuhan, une ville chinoise d’environ 10 millions d’habitants dont la plupart d’entre nous n’avaient jamais entendu parler, plus de 160.000 infections ont été signalées (dont plus de la moitié s’étant maintenant rétablis) et plus de 6.000 décès.

L’une des premières victimes fut le Dr Li Wenliang, dont la publication internet sur le virus a provoqué une réprimande officielle en tant que ‘propagateur de rumeurs’. Alors que les informations, diffusées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles le Dr Li était chrétien se sont révélées fausses, le médecin de 34 ans était clairement une personne d’intégrité et de professionnalisme sacrificiel.

Cette pandémie, comme les Nations Unies l’ont déclaré être mercredi dernier, prend des proportions apocalyptiques et nous pousse à chercher des précédents dans les livres d’histoires. Une telle recherche révèle une histoire longue et entrelacée entre les fléaux et l’action chrétienne.

Vies en péril

Au-delà des références bibliques (les plaies d’Egypte catalysèrent l’exode et la naissance ultérieure d’Israël) ; le Psaume 91 a sans doute été écrit en réponse à une peste (versets 3 et 6) ; Apocalypse 6:8 prédit un déferlement de fléaux ; la peste antonine du deuxième siècle qui coûta la vie à un romain sur quatre, accéléra également la propagation du christianisme. Lyman Stone, écrivant dans le Foreign Policy, souligne que ‘les Chrétiens prenaient soin des malades et offraient un modèle spirituel selon lequel les fléaux n’étaient pas l’œuvre de divinités en colère et capricieuses mais le produit d’une Création brisée, en révolte contre un Dieu d’amour’. Les Chrétiens fournissaient les besoins de base, de la nourriture et de l’eau, à ceux qui étaient trop malades pour subvenir à leurs propres besoins, et restaient souvent pour fournir de l’aide pendant que les païens s’enfuyaient.

Un siècle plus tard, la peste de Cyprien, du nom de l’évêque (décédé en 258) qui encouragea les fidèles à redoubler d’efforts pour prendre soin des vivants, entraîna une croissance marquée du mouvement chrétien, selon l’auteur Rodney Stark. Denys, un évêque du 3ème siècle, a décrit comment les Chrétiens ‘visitaient les malades sans penser à leur propre péril,… s’attirant les maladies de leur prochain et prenant volontiers à leur charge le fardeau des souffrances de ceux qui les entouraient.’ L’Empereur païen du quatrième siècle, Julien (l’Apostat)(mort en 363) se plaignait de ces ‘Galiléens’ qui prenaient même soin des malades non chrétiens.

Tout au long de l’époque médiévale, les moines et les religieuses, les frères et les sœurs, continuèrent à mettre leur vie en danger en soignant les malades pendant une épidémie de peste, comme les Franciscains représentés ci-dessus.

‘Tenter Dieu’

Dix ans après avoir publié ses 95 Thèses, Martin Luther dût décider lui-même s’il devait ou non fuir la peste noire, à Wittenberg, après que l’Electeur Jean l’ait encouragé, lui et d’autres professeurs, à se réfugier à Jena. Sa réponse détaillée à un pasteur de Breslau (l’actuelle ville de Wroclaw en Pologne), demandant s’il était approprié pour un chrétien de fuir la peste, révèle les réalités auxquelles Luther et ses contemporains étaient confrontés. La réponse du réformateur fut que ceux qui ont des devoirs civiques ou religieux, doivent les remplir, qui par la peste deviennent ‘des croix, sur lesquelles nous devrions être prêts à mourir’.

Luther encouragea également les croyants à obéir aux ordres de quarantaine, à fumiger leurs maisons, et à prendre des précautions pour éviter de propager la maladie. Tout autre chose était ‘tenter Dieu’, mettre en danger les autres et nous-mêmes, et transgresser ainsi le commandement contre l’homicide, y compris le suicide.

Geert Grote (décédé en 1384), orphelin à cause de la peste alors qu’il n’avait que dix ans, succomba lui-même à la peste après avoir rendu visite à un membre malade du mouvement de renouveau qu’il lança, les Frères de la Vie Commune. Un montage audiovisuel, dans la cave de la Geert Grote Huis (Maison Geert Grote) à Deventer, aux Pays-Bas, un musée consacré à l’histoire de ce mouvement, est l’une des quatorze expositions artistiques dans la ville représentant les stations de la croix pendant le Carême. La station cinq, où Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix, montre trois images vidéo projetées sur trois écrans différents, filmées depuis une voiture traversant la campagne française, stoppant aux croix de chemin. Quand le moteur s’arrête, les bruits de la campagne remplissent la cave et invitent à la réflexion. (Malheureusement, le musée et l’exposition ont été fermés en raison des restrictions.)

Alors que le monde s’immobilise, un silence étrange remplaçant l’agitation de la vie quotidienne, nous nous trouvons confrontés à des questions de vie et de mort, de relations et de sens, de sacrifices et de valeurs, de communauté et d’auto-isolement.

Qu’est-ce que cela pourrait signifier pour nous de porter la croix de ce carême ?


À la semaine prochaine,

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