« Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

mars 18, 2019

Le monde s’est soudainement rétréci ce vendredi. Des événements dans un coin du monde éloigné et pacifique ont choqué la communauté mondiale. La lointaine et idyllique Nouvelle-Zélande – ‘la terre de Dieu’ – a été plongée dans un monde de violence que les Kiwis ne vivent habituellement que sur leurs écrans de télévision.

Dans un rare moment de solidarité internationale, aussi bien la Tour Eiffel que l’Empire State Building étaient plongés dans l’obscurité. Et ici, à Amsterdam, juste en face d’où ce Kiwi néerlandais écrit, le drapeau de la Nouvelle-Zélande était projeté sur la façade de la Gare centrale d’Amsterdam, suscitant en moi de vives émotions.

Le carnage de Christchurch provoque l’indignation, la colère et la confusion dans nos cœurs et nos esprits. Encore une fois, dans la réalité de la chair et du sang, le mal et la terreur ont frappé, nous laissant nous sentir impuissants et vulnérables à crier « pourquoi ?? »

Deux jours avant le drame tragique de l’autre côté de la terre, ma femme et moi avions un avant-goût de cette angoisse lorsque nous avons visité plusieurs expositions de l’Art Stations of the Cross (stations d’art de la croix) présentées dans le centre d’Amsterdam pendant la période du Carême. Ils représentent quatorze événements du dernier voyage de Jésus à travers Jérusalem – de sa condamnation à la crucifixion et la sépulture.

 « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le site web de l’exposition explique : « les paroles de Jésus depuis la croix résonnent avec l’angoisse ressentie par bien de personnes aujourd’hui. Ce sentiment est particulièrement aigu pour ceux qui sont en marge de la société, depuis les réfugiés aux victimes du trafic d’êtres humains. Art Stations of the Cross est un projet d’art public unique, invitant les visiteurs à un voyage créatif et contemplatif, utilisant l’histoire et les symboles de la Passion pour réfléchir aux injustices contemporaines. Cette exposition retrace sa propre Via Dolorosa, ou Chemin du Calvaire,avec des arrêts dans 14+1 sites à travers la ville d’Amsterdam… dans des espaces séculiers et religieux. »

Le voyage commence juste en face de la Gare centrale, dans la Basilique Saint-Nicolas avec son intérieur somptueusement décoré, y compris les quatorze stations représentées en permanence autour de ses murs. Juste en-dessous de la première station, où Pilate délibère sur le sort de Jésus, se trouve une peinture à l’huile de 125 x 125 cm représentée avec un réalisme photographique. A première vue, cela ressemble à une icône de la Vierge noire, travaillée avec une feuille d’or et d’argent. On s’aperçoit alors qu’il s’agit d’une mère réfugiée et son enfant, enveloppés dans une couverture de survie en feuille thermique, avec la mer Méditerranée pour toile de fond. En tant qu’Européens, nous nous trouvons soudainement à la place de Pilate : allons-nous aussi les condamner à mort en leur refusant le refuge ?

Dans le Red Light district derrière notre appartement, nous avons trouvé la treizième station exposée dans une ancienne schuilkerk ou ‘église cachée’, Our Dear Lord in the attic (Notre cher Seigneur dans le grenier). Elle décrit le moment où le corps de Christ a été descendu de la croix. Mais sans le soin affectueux et douloureux dépeint dans l’art traditionnel.

Ma femme a littéralement poussé un cri de répulsion en voyant le corps ensanglanté décapité, avec un bras sectionné toujours suspendu par le clou, tandis que le cadavre pendait de ses pieds. La description de l’artiste expliquait le titre de l’œuvre, Les derniers jours, évoquant la fin de l’ère chrétienne et la réalité de l’augmentation de la violence à motivation religieuse, sombre présage de ce qui allait se passer.

Passions provoquées

Au lieu de réponses faciles, Art Stations of the Cross a pour but de « provoquer les passions : artistiquement, spirituellement et éthiquement. » Des projets similaires ont déjà été exposés à Londres, à Washington D.C. et à New York City, faisant prendre conscience des personnes ayant besoin de refuge et de compassion.

L’exposition d’Amsterdam met l’accent sur l’identité historique de la ville portuaire. « La mer peut être un lieu de miracles – comme l’enseigne la Bible  –mais c’est aussi une étape traumatisante. Les réfugiés syriens tentent des traversées périlleuses de la mer Méditerranée afin d’échapper à la guerre civile de leur pays. Des jeunes gens sont arrivés en Europe via des conteneurs d’expédition, pour ensuite être réduits en esclavage dans le commerce du sexe (y compris ici dans le Red Light district). Et la hausse des températures de l’eau, causée par le changement climatique, a entraîné des catastrophes naturelles sans précédent, touchant en particulier les pauvres. »

A Amsterdam, une quinzième station a été ajoutée : la résurrection. Dans la Chapelle du Saint-Sépulcre, située dans le bâtiment le plus ancien de la ville, la Oude Kerk, se trouve une voûte vide conçue pour un ensemble de statues illustrant la sépulture de Jésus, détruites pendant l’Iconoclasme de la Réforme. La tombe est donc vide. La fenêtre gothique a été recouverte d’une feuille rouge transformant la chapelle vide en une nouvelle sorte de présence de résurrection.

« Après la sépulture et la résurrection de Jésus, les problèmes du monde n’ont pas été résolus, mais des millions de personnes voient la vie différemment. Le message de Pâques donne un nouveau courage. Tout peut être vu sous un autre angle. »

Le massacre tragique de vendredi a encore ajouté une autre station à cette Via Dolorosa : le drapeau sur la façade de la gare, représentant – pour ceux qui ont lesyeux pour voir – la Croix. La terreur et le mal ne sont pas le dernier mot.


À la semaine prochaine,

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