La lumière dans les ténèbres nordiques

décembre 17, 2018

Lors de mon séjour en Norvège, la semaine dernière, je me suis rappelé de la célébration scandinave de la fête de la Sainte-Lucie, le 13 décembre (Santa Lucia en Norvège et au Danemark, et Sankta Lucia en Suède et en Finlande suédophone).

Cette année, c’était jeudi dernier, quand dans toute la Scandinavie, des filles vêtues de blanc, portant une ceinture rouge autour de la taille, ont dirigé des processions dans les églises et dans les salles, portant avec précaution des couronnes de bougies allumées sur leur tête.

J’ai pris connaissance, pour la première fois, de cette commémoration nordique, il y a de nombreuses années, à Heidebeek, lorsqu’une fille suédoise nommée Emma-Karin a déambulé dans nos couloirs alors que le jour venait à peine de se lever, en portant cette couronne de bougies. L’association la plus proche qui vient à l’esprit des néerlandais est celle de Vincent van Gogh essayant de peindre pendant la nuit à la lumière des bougies collées au bord de son chapeau, peut-être durant ses périodes d’instabilité mentale.

Mais le jour de la fête scandinave n’a rien de fou. Celle-ci fait partie de l’Avent, préparant l’arrivée de la Lumière du Christ dans le calendrier chrétien, le jour de Noël. Selon les paroles de Jean (comme paraphrasé par Eugene Peterson dans sa version de la Bible The Message) : ‘La Vie-Lumière était la réalitéà chaque personne entrant dans la Vie, il apporte la Lumière’ (Jean 1:9).

Jadis, le 13 décembre coïncidait avec le Solstice d’hiver, la nuit la plus longue de l’année avant que le calendrier grégorien ne fut adopté en Scandinavie au milieu du 18ème siècle. Le poète anglais John Donne, qui a également occupé le poste de doyen de la Cathédrale St Paul à Londres, écrivit un poème sur le jour de la Sainte-Lucie : ‘A Nocturnal upon S. Lucy’s Day, Being the Shortest Day’ (Nocturne le Jour de la Sainte-Lucie, étant le jour le plus court)

Martyre

Qui était donc cette Lucie, et pourquoi les Scandinaves célèbrent-ils sa fête ? Selon la légende, Sainte-Lucie aurait été martyrisée le 13 décembre 304 ap. J.-C., pendant la persécution sous l’Empereur Dioclétien. (La ceinture rouge symbolise son martyr.) Elle apportait de la nourriture et des provisions à ses compagnons chrétiens qui se cachaient dans les catacombes de Saint-Jean à Syracuse, et utilisait une couronne avec des bougies allumées afin d’éclairer son chemin à travers les passages obscurs, laissant ses mains libres pour en transporter le plus possible.

Distinguer les faits de la fantaisie est presque impossible quand la seule source est une hagiographie. Son histoire provient des Actes des martyrs du 5ème siècle, tandis que les inscriptions grecques des catacombes de Saint-Jean, à Syracuse, fournissent les plus anciennes preuves archéologiques à son sujet.

Il semble que Lucie soit née de parents riches et nobles à Syracuse, en Sicile, vers l’an 283. Son père était romain mais est décédé lorsqu’elle avait cinq ans. Lucie, ou Lucia (Lux, Lucis – lumière) est devenue une chrétienne fervente et a fait un vœu de virginité. Toutefois, sa mère lui a arrangé un mariage avec un païen.

Avant que le mariage ne soit célébré, Lucie priait pour la maladie de sa mère au sanctuaire de Sainte-Agathe lorsque, selon l’histoire, la sainte lui apparut en rêve et dit à Lucie que sa mère serait guérie. Lucie a réussi à convaincre sa mère d’annuler le mariage et de donner la dot aux pauvres.

Témoin

Le futur marié était furieux et la dénonça au gouverneur comme étant une chrétienne. Elle fut alors menacée d’être placée dans une maison close si elle ne renonçait pas à ses croyances chrétiennes. La légende raconte que pas même un millier d’hommes et cinquante bœufs qui tiraient, ne purent la déplacer. Alors, ils entassèrent des matériaux inflammables autour d’elle et y mirent le feu, mais même là, ils ne purent pas empêcher la jeune femme de parler, zélée pour mourir fidèlement et fortifier les autres croyants. Même lorsqu’un soldat lui enfonça une lance à travers la gorge, son témoignage ne s’arrêta pas. Ses yeux furent arrachés mais miraculeusement restaurés, selon la légende. Ce n’est qu’après avoir reçu les derniers sacrements chrétiens que Sainte-Lucie put mourir.

La Fête de Sainte-Lucie devint une fête universelle de l’Eglise au 6ème siècle, et elle est également célébrée aujourd’hui dans certaines parties d’Italie, de Hongrie et de Croatie. Des missionnaires chez les Scandinaves, leur parlant de Sainte-Lucie, virent leurs auditeurs réagir avec enthousiasme à l’histoire d’une jeune fille apportant la lumière au sein des ténèbres. Cela apporta de l’espoir aux peuples vikings qui devaient supporter de longues nuits d’hiver.

C’est la Lumière que nous célébrons encore durant cet Avent.

En lui résidait la vie, et cette vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas étouffée. (Jean 1:4,5, La Bible du Semeur) 

 


À la semaine prochaine,

Laisser un commentaire

Inscrivez vous pour Pensee de la Semaine