Nos nouveaux héros

mai 18, 2020

Pratiquement du jour au lendemain, grâce à un intrus mortel invisible, une nouvelle catégorie de personnes est apparue, il y a quelques semaines, que nous appelons désormais les ‘travailleurs essentiels’. Pendant que tous les autres sont restés à la maison en toute sécurité, ces nouveaux héros sont montés au créneau et ont couru dans les tranchées en risquant d’être dans les salles d’hôpital, en conduisant les transports publics, en livrant le courrier et les commandes par la poste, en approvisionnant les rayons des supermarchés et en maintenant les systèmes en marche

Au cours des premières semaines de la crise, nous avons vu des démonstrations publiques d’appréciation pour ces ‘professions vitales’, à la télévision, avec des applaudissements depuis les portes d’entrée, les fenêtres et les balcons, ou avec des tintements de casseroles et poêles. Certains de ces ‘sauveurs de vie’ ont eux-mêmes payé le prix ultime en faisant de leur mieux ‘dans l’exercice de leur fonction’. Des infirmières, des médecins, des pasteurs, des policiers, des travailleurs des transports ont été parmi les victimes du COVID-19.

Les affiches, sur la photo ci-dessus, que j’ai découvertes la semaine dernière dans une vitrine de magasin d’Amsterdam, reflètent une nouvelle prise de conscience publique de ceux qui servent les autres jour après jour, pas simplement par pur intérêt personnel, comme les économistes néo-libéraux voudraient nous faire croire au sujet du comportement humain. Cela pourrait être vrai pour de nombreux économistes, gestionnaires de fonds spéculatifs et banquiers (dont aucun n’est un ‘travailleur essentiel’), mais ce n’est pas le cas pour beaucoup qui s’avèrent être le ciment de la communauté.

De manière moins héroïque, d’autres pasteurs sont morts du virus après avoir organisé des services religieux bondés, déclarant ‘que Dieu était plus grand que le COVID-19’. Un certain nombre de personnalités politiques ont également tenté de paraître héroïquement provocateurs, parmi eux Boris Johnson qui, peu après avoir exhorté la Grande-Bretagne à ‘envoyer balader le coronavirus en seulement 12 semaines’, s’est lui-même trouvé en soins intensifs et s’est battu pour sa vie.

Le journaliste britannique,Tom Holland, a récemment émis l’hypothèse, sur UnHerd.com, que Johnson avait peut-être vécu une sorte d’expérience de la conversion en lit de malade. Ce n’est peut-être pas une expérience du type ‘Route de Damas’, mais Holland a détecté des indices, dans le discours que (Johnson) a donné après sa sortie de l’hôpital, que son expérience personnelle du COVID-19 a permis de recalibrer sa vision du virus et de ceux qui quotidiennement risquent leur propre vie pour le combattre.’

« C’est grâce à ce courage, ce dévouement, ce devoir et cet amour que notre National Health Service (Service national de santé) a été imbattable », avait déclaré le patient rétabli aux journalistes. « Salus populis suprema lex est » aurait dit, plus tard, Boris aux ministres et aux responsables de la santé, proposant sa propre traduction de la citation de Cicéron : « La santé du peuple devrait être la loi suprême. »

Personne ne sait vraiment où cette pandémie nous mènera tous. Il ne fait aucun doute que les résultats seront différents d’un endroit à l’autre. Certains dirigeants augmentent leur emprise sur le pouvoir de manière opportuniste, tandis que d’autres font des démonstrations embarrassantes de leur incompétence. Espérons que l’un des résultats sera que de meilleurs dirigeants, ailleurs, repenseront leur politique car, partout dans le monde, les gens exigeront des valeurs affirmant les choses qu’ils ont découvertes et qui comptent le plus : les relations, l’interdépendance, la solidarité et la poursuite du bien commun.

Deux semaines après le début du confinement, j’écrivais ceci dans ‘la pensée de la semaine’ :

Menaçant de déchirer la société, le défi inédit de la crise du coronavirus présente également une opportunité. Soudain, nous avons tous réalisé notre vulnérabilité commune. Jamais dans l’histoire humaine, notre destin commun, de plus de sept milliards de personnes sur cette planète, n’a été montré comme si étroitement lié. Notre dépendance les uns envers les autres et les systèmes de société, locaux, nationaux et mondiaux, sont devenus évidents.

Alors que le confinement se prolongeait, la réalité a commencé à se faire sentir que nous étions confrontés, non seulement à des semaines et des mois, mais à des années de vie avec le corona et ses effets. La veille du jour où Johnson fut conduit à l’hôpital, ce vénérable bastion du néo-libéralisme, le Financial Times, publiait un éditorial historique admettant que la pandémie du COVID-19 avait « injecté un sentiment d’unité dans les sociétés polarisées » faisant briller « une lumière éclatante sur les inégalités existantes. » Le grand test auquel tous les pays seraient bientôt confrontés, prédisait l’article, était de savoir si les sentiments actuels d’objectif commun, façonneraient ou non la société après la crise.

Des réformes radicales qui vont à l’encontre de l’orientation politique actuelle des quatre dernières décennies, devront être mises sur la table. Les gouvernements devront accepter un rôle plus actif dans l’économie. Ils doivent considérer les services publics comme des investissements plutôt que comme des passifs et chercher des moyens de rendre les marchés du travail moins précaires. La redistribution sera encore à l’ordre du jour; les privilèges des personnes âgées et des riches seront remis en question. Les politiques, jusqu’à récemment considérées comme excentriques, telles que le revenu de base et l’impôt sur la fortune, devront être intégrées.

Waouh ! Le Financial Times et Boris, une double conversion ! Si 1989 fut l’année décisive pour le communisme, 2020 marquera sûrement la fin de l’ère Friedman-Hayek de l’économie de marché. Comme l’écrit le chroniqueur néerlandais, Rutger Bregman, dans De Correspondent, le néolibéralisme voyait les gens comme des égoïstes, ce qui a conduit à la privatisation, à l’inégalité croissante et à l’érosion de la sphère publique.

Il est temps d’avoir une vision plus réaliste des humains en tant que joueursd’équipe, et de l’économie en tant que recherche du bien commun.


À la semaine prochaine,

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