Petits commencements

juin 17, 2019

Le 17 juin 1722, un réfugié de Bohême, nommé Christian David, abattait le premier arbre pour commencer la construction d’un village qui allait être connu sous le nom de Herrnhut.

David avait conduit un groupe de fugitifs depuis leur pays d’origine de l’autre côté de la frontière de la Saxe allemande, à la recherche de protection contre les persécutions religieuses. Depuis la guerre de Trente Ans, les descendants spirituels de Jan Hus, le réformateur du quinzième siècle, avaient été contraints de se cacher, de se convertir au catholicisme, de perdre la vie ou de fuir le pays.

Ce fut le premier acte visant à établir une ville remarquable où vivent encore les descendants de ces réfugiés, nichée près des frontières avec la Pologne et la République tchèque, une histoire que j’ai racontée dans un petit livre, The little town that blessed the world (Prochainement en français). Car la route pour les missions mondiales traversaient cette ville. Les Herrnhutters, ou les Moraves, ont été les pionniers des missions protestantes, envoyant plusieurs centaines de missionnaires dans des endroits aussi reculés et difficiles que les Caraïbes, le Groenland et l’Afrique, bien avant que William Carey – souvent appelé le père des missions protestantes modernes – ne parte pour l’Inde en 1793.

La conversion de John Wesley a été suscitée par les membres de ce village, de passage à Londres et en route pour une œuvre missionnaire auprès des Indiens, en Géorgie. A quoi aurait ressemblé l’Angleterre si elle n’avait pas été touchée par le réveil wesleyen du dix-huitième siècle, et par toute la transformation sociale que la Révolution méthodiste a apportée au paysqui a entraîné le monde dans la Révolution industrielle à l’époque ?

Ordinaire

Personne qui passait sur la route à travers les bois, ce jour-là, alors que David posait la hache sur l’arbre, n’aurait reconnu un premier pas dans un développement d’importance mondiale. Zacharie a vu le début de l’œuvre de Zorobabel dans la construction du temple, et a entendu le Seigneur dire : « Ne méprise pas ces petits commencements, car le Seigneur se réjouit de voir l’œuvre commencer, de voir le fil à plomb dans la main de Zorobabel. » (Zac 4:6 – traduction directe de la New Living Translation anglaise). Ou de voir la hache dans la main de Christian David. Quoi de plus ordinaire ! Et pourtant, à quel point important!

Car Zacharie a aussi entendu le Seigneur dire : « Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit » (Zac. 4:10).

Pour nous, au Centre Schuman, le 17 juin de cette semaine marque un jour important, un jour de petits commencements. Car, en ce jour, a commencé la première admission d’étudiants pour le programme de maîtrise en leadership de mission et en études européennes, un projetdont les lecteurs de la Pensée de la Semaine, ayant répondu à notre appel, au début del’an dernier, ont contribué à rendre possible. Nous en sommes très reconnaissants.

Depuis que nous avons créé le Centre Schuman pour les Etudes européennes, en 2010, nous avons cherché différentes manières d’assurer l’interface de notre formation avec des institutions reconnues afin que l’héritage puisse être préservé. Le jalon de cette semaine représente (à ma connaissance) le premier programme de maîtrise universitaire en partenariat avec Jeunesse en Mission qui sera reconnu dans le cadre du Processus de Bologne, un accord paneuropéen impliquant 48 nations visant à unifier les normes et la qualité des diplômes de l’enseignement supérieur.

Le diplôme est offert par le ForMission College à Birmingham (Royaume-Uni), et validé par l’Université Newman, également à Birmingham. Le Centre Schuman propose trois modules sur les études européennes pour compléter trois autres modules sur le leadership de missions que les étudiants doivent suivre et dont ils doivent fournir une thèse.

Omniprésent

Au cours des deux derniers mois, alors que j’écrivais les manuels d’études du premier module sur ‘la construction de l’Europe‘,  j’ai été nouvellement impressionné par le rôle remarquable de la Bible dans la transformation, aussi bien du sud ‘civilisé’ que du nord ‘barbare’ ; dans l’apparition des communautés monastiques – les éléments constitutifs de la société émergente après la chute de Rome – menant aux villes et aux universités à la fin du Moyen-Âge ; en déclenchantla Renaissance et, bien sûr, la Réforme ; et en suscitant les réveils des dix-huitième et dix-neuvième siècles. Même la soi-disant ère séculière, à commencer par la Révolution française, n’a pas pu échapper à l’influence omniprésente des écrits sacrés judéo-chrétiens alors que des options politiques émergeaient pour défendre la liberté (le libéralisme), l’égalité (le socialisme) ou la fraternité (le nationalisme), se développant en religions politiques avec leurs propres messages de salut contre les maux sociaux.

La Bible, bien entendu, a aussi été mal utilisée par des (pseudo-) Chrétiens de tous bords et de toutes couleurs au cours des siècles, plus particulièrement au vingtième siècle, comme Philip Jenkins le révèle dans son traitement novateur de la motivation religieuse des parties belligérantes dans ce qu’il appelle ‘The great and Holy war’ (La grande et sainte guerre).

Pourtant, à aucun moment de l’histoire de l’Europe, la Bible ne joue un rôleessentiel. Derrière l’émergence du projet européen après la seconde Guerre mondialeet l’implosion du communisme, quarante ans plus tard, alors que le sécularisme était censé régner, le rôle restaurateur de la Bible est clairement tangible.

Récupérer cette histoire, c’est tout l’objectif de ce programme. Des petits débuts peut-être. Comme un fil à plomb. Ou une hache.


À la semaine prochaine,

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