Sur la théologie ennuyeuse

janvier 13, 2020

Lorsque mon plus jeune fils présenta sa future femme à ma mère âgée de plus de 90 ans via Skype, la première question fut : « et qu’étudies-tu, ma chère ? ». « La théologie », répondit-elle. « Oh, comme c’est ennuyeux ! » s’exclama ma mère spontanément. Maman était pour la pratique et l’expérience plutôt que pour la théorie.

Pour beaucoup d’entre nous, la théologie, c’était le truc des sermons fastidieux, des disputes et des divisions d’église, et des longues rangées de tomes reliés en cuir dans le bureau du pasteur, tous très éloignés de la vie quotidienne du lundi au samedi.

Une partie de la réaction de ma mère a persisté dans ma propre attitude au cours des années. J’avais essayé de toucher à l’étude théologique, en choisissant des thèmes et des termes de base ça et là, et j’avais suivi (et enseigné) des cours d’études bibliques. Mais moi aussi, j’avais préféré la pratique et l’expérience, voulant comprendre comment faire une différence dans le monde qui nous entoure.

Cependant, en me préparant au cours intensif de cette semaine, dans le programme de maîtrise en leadership de mission et en études européennes, au sein duquel le Centre Schuman est en partenariat avec le ForMission College, j’ai été sensibilisé par la révolution en cours dans les cercles théologiques au cours des dernières décennies. Notre sujet est la théologie contextuelle, laquelle implique de comprendre le message chrétien et sa pratique dans un contexte local spécifique.

Tout comme l’église primitive a dû sortir du cadre judaïque dont elle était issue pour atteindre le monde, l’église contemporaine a dû sortir du cadre occidental pour devenir une église véritablement mondiale, libérée des présomptions occidentales modernistes.

Pendant environ cinq siècles, la Réforme fut considérée par les protestants comme la norme pour la théologie et les structures ecclésiastiquesCes suppositions furent exportées avec les missions, en même temps que des compréhensions doctrinales vitales, avec les courants confessionnels occidentaux et leurs justifications théologiques et devinrent une partie des modèles transplantés du christianisme. La théologie, en tant que sujet d’étude, s’inspirait du Siècle des Lumières qui se considérait comme la connaissance pure, exprimée par des propositions. Les dénominations et les organisations ressentirent le besoin d’établir des affirmations de foi, ce qui a conduit à de nombreux conflits et divisions.

Libération de la théologie

Depuis les années 1960, lorsque la décolonisation permit aux penseurs non occidentaux de sortir hors des sentiers battus, des perspectives culturelles et théologiques furent développées. Les théologies de l’église occidentale étaient considérées comme des produits de leur propre contexte et de leur propre temps, avec certaines présuppositions et certains angles morts. Des Latino-Américains comme Orlando Costas, Rene Padilla et Samuel Escobar furent parmi les premiers à contester les lectures occidentales des Ecritures et à dénoncer les angles morts protestants, en particulier sur les questions de justice, de racisme, de politique, d’économie et d’organisation de l’Eglise.

La mondialisation croissante, aussi bien de l’église que de la culture internationale, créa de nouveaux partenaires de conversation, brisant l’hégémonie de la pensée occidentale. Lesslie Newbigin et David Bosch étaient deux voix de premier plan, avec une formation occidentale et une expérience du monde majoritaire qui remirent en question les suppositions culturelles et temporelles occidentales. Bosch reconnut qu’un changement de paradigme dans la pensée théologique se produisait par le biais des théologiens du monde majoritaire insistant sur le fait que la mission, la théologie et le contexte formaient une relation triangulaire. Certains appelèrent ce changement ‘la libération de la théologie’.

La théologie contextuelle renverse la compréhension hiérarchique et élitiste, que la théologie est réservée aux professionnels. Elle se concentre sur le niveau localetinclut toute la communauté chrétienne dans le travail de développement de la théologie. Cela commence par le bas, avec le local, le particulier et le concret, plutôt qu’à un niveau supérieur de ‘vérités propositionnelles’. De la même manière que Dieu s’est contextualisé en Jésus-Christ, dans une époque et un endroit particuliers, toute mission était intrinsèquement contextuelle.

Ce qui conduit à la relation entre l’église locale et sa localité. La théologie systématique ne soulèvera généralement pas de questions sur l’écart entre l’église et la culture. La théologie contextuelle posera la question : À quoi ressemble le règne de Dieu dans ce contexte ? Et quel est le rôle de l’église pour amener cette transformation ?

Ecouter, discerner, voir

Une culture d’église locale s’est développée où l’église est l’endroit où les gens viennent de près ou de loin pour participer aux activités de l’église, avec peu d’engagement avec le quartier. C’est souvent une culture centrée sur l’église, captivée par une mentalité de consommateur-client qui provient de la mentalité dominante du marché

La théologie contextuelle accepte la mission de l’église d’être une bonne nouvelle dans le quartier, en particulier pour ceux qui sont en marge de la société. Cela implique d’écouter la communauté, un exercice difficile pour ceux d’entre nous qui sont des activistes habitués à parler et à donner des réponses. Elle englobe la compréhension que Dieu est déjà actif dans nos quartiers. Nous devons apprendre à discerner sa présence et son activité cachées et à coopérer avec ce qu’il fait déjà. Cela implique de s’attendre à voir Jésus dans la vie ordinaire, de tous les jours, pas seulement dans des activités ‘sacrées’ dans des lieux ‘sacrés’.

La théologie contextuelle est un chemin vers la rencontre avec Jésus et les autres. Exigeante, mais pas ennuyeuse.


À la semaine prochaine,

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