Varsovie revisitée

mai 1, 2017

Exactement 36 ans après ma première visite à Varsovie, le 1er mai 1981, je me retrouve à nouveau dans la capitale polonaise, m’adressant à un public trop jeune pour se souvenir de ces jours grisants, lorsque Lech Walesa et son syndicat Solidarnosc osèrent défier le système communiste.

Les étudiants polonais euphoriques auxquels je m’étais adressé à l’époque, semblaient peu impressionnés par la menace d’une occupation soviétique : « On retournera simplement les panneaux indicateurs » blaguaient-ils lorsque je leur demandais ce qu’ils feraient si des chars russes entraient dans la ville, comme à Budapest et à Prague.

Pendant que je parlais aux étudiants, je fis l’expérience d’une révélation sur-le-champ de la main de Dieu dans l’histoire. Je leur avais lu l’interprétation de Daniel du rêve de Nabuchodonosor : la (petite) pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre (Daniel 2:35).

Après avoir décrit comment les empires babylonien, perse, grec et romain avaient tous été ‘brisés’, et que le Troisième Reich, conçu pour durer mille ans, avait aussi été brisé, j’étais horrifié de m’entendre dire à brûle-pourpoint (lors d’une réunion publique dans un pays communiste) : « … et l’empire communiste sera également brisé ! »

Qu’est-ce que je venais de dire là, pensais-je ? Je réalisais tout à coup que, jusqu’à ce moment-là, j’avais cru que le communisme était là pour toujours et à jamais, amen ! Mais je compris, en cet instant, qu’il n’y avait qu’un seul royaume inébranlable : le Royaume de Dieu, commençant petit comme la pierre qui devint une énorme montagne qui remplit toute la terre.

À partir de ce moment-là, j’ai eu une attente différente de l’avenir. Finalement, le Mur de Berlin tomba et le communisme s’effondra. Une révolution spirituelle avait été en cours depuis la visite de Jean-Paul II dans cette ville, en 1979, lorsqu’il avait exhorté un auditoire d’un million de Polonais : ‘Ne craignez pas !’. A la même époque, Vaclav Havel encourageait ses compatriotes tchécoslovaques à ne pas vivre sous le mensonge. Tout cela mena aux grands changements historiques de 1989.

Sensation

Pourtant, il y avait eu un événement antérieur sans lequel tout ce qui précède ne serait jamais arrivé. Il eut lieu le 9 mai, à Paris où, en l’espace de trois minutes, Robert Schuman lança le projet européen.

En moins de temps qu’il faut pour faire bouillir un œuf, le ministre français des Affaires étrangères posa, ce soir-là, les fondations de la Maison européenne dans laquelle, aujourd’hui, un demi-milliard d’Européens, de 28 (bientôt 27) nations, vivent ensemble en paix. Plus rapidement que l’on peut faire une tasse de café, Schuman aborda cinq grands thèmes qui continuent d’être au cœur du projet européen : la paix mondiale, l’unité en Europe, le partage de la souveraineté, la solidarité en Europe et avec le reste du monde.

Le jour suivant, le 10 mai, les journaux écrivirent au sujet de ‘la bombe Schuman’, en annonçant : ‘Eine sensation aus Frankreich !’, ‘La France prend les nations par surprise.’ C’était vraiment sensationnel et sans précédent dans l’histoire ; La nation vaincue devait s’associer, sur pied d’égalité, avec le vainqueur. Le pardon et la réconciliation allaient servir de fondement à une nouvelle ère d’interdépendance.

Schuman écrivit ‘qu’aimer son prochain comme soi-même’ était un principe démocratique lequel, appliqué aux nations, signifiait être préparé à servir et à aimer les peuples voisins. La loi universelle de l’amour et de la charité fit de chaque homme notre prochain.

Depuis maintenant 67 ans, un nombre croissant d’Etats-membres européens ont recherché l’unité et l’interdépendance. Il y a pourtant quelque chose qui a manqué. Schuman mit en garde que le projet avait besoin d’une âme. Jacques Delors, au terme de sa présidence de la Commission de l’Union européenne, en 1992, avait mis en garde que, sans une âme, les jeux seraient faits – ajoutant que par ‘âme’, il voulait dire ‘spiritualité et sens’.

Les jeux sont faits ?

Les jeux pourraient être faits très rapidement. Dimanche prochain, le 7 mai, les électeurs français pourraient bien amener le projet à s’arrêter brusquement s’ils choisissent Marine Le Pen comme leur prochaine présidente. Les sondages disent que cela est peu probable, mais après le Brexit et Trump, tout est possible.

Alors qu’un Brexit est dommageable, un Frexit serait fatal. La réconciliation franco-allemande a été la pierre angulaire du projet européen. Sans celle-ci, tout l’édifice chancellera.

Avons-nous trop attendu des politiciens pour donner une âme à l’Europe ? Certes, c’est la tâche du peuple de Dieu, qui doit être le sel et la lumière ! Tout comme les travailleurs et étudiants polonais l’avaient réalisé, l’avenir de l’Europe est trop important pour le laisser aux politiciens. La société civile et les communautés religieuses, partout, devraient devraient participer à repenser une Europe d’espoir, de guérison et d’hospitalité.

C’est l’objectif du Forum sur l’état de l’Europe à La Valette ces dimanche et lundi prochains. C’est aussi celui d’un symposium œcuménique, le 9 mai, en l’église Dom à Utrecht (Plus que le marché et l’euro), qui est partiellement le fruit du Forum sur l’état de l’Europe de l’an dernier à Amsterdam. Pourquoi les croyants de toute l’Europe n’organiseraient-ils pas des événements annuels, lors de la Journée de l’Europe, se penchant ensemble sur le genre d’Europe que nous désirons ?

Après tout, c’est notre Europe. C’est notre avenir. C’est notre responsabilité.


À la semaine prochaine,

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