Coïncidence?

octobre 30, 2017

Pendant que, dans le monde entier, des millions de personnes célèbreront Halloween cette semaine, des millions de chrétiens Protestants dans le monde entier célébreront aussi le début de la Réforme, il y aura exactement 500 ans demain. Est-ce juste une coïncidence ?

En fait, non. Les parades dans les villes et les festivals des morts qui se déroulent sur la scène mondiale cette semaine, ont un lien avec ce qui mena aux protestations vigoureuses, en 1517, d’un moine augustinien robuste nommé Martin Luther.

En effet, Halloween ou Hallowe’en (qui signifie ‘sanctifié’ ou soirée ‘sainte’ – du mot anglais ‘hallowed’) était le début d’une période de trois jours dans l’année liturgique catholique dédiée au souvenir des morts. C’est-à-dire les saints (ou bien reliques en anglais hallows), les martyrs et tous les croyants défunts. Bien que le mot Halloween ait été utilisé pour la première fois vers 1745, certaines traditions remontent à l’ancienne fête païenne celtique des moissons de Samhain que l’Eglise a essayé de christianiser au premier millénaire.

Samhain marquait le début de ‘la moitié la plus sombre’ de l’année. Durant cette période liminaire (transitoire), les frontières entre ce monde et l’au-delà s’amincissaient. Dans cette zone de pénombre, les esprits et les fées étaient particulièrement actifs.

L’enseignement catholique sur le purgatoire soutenait que les âmes des morts étaient maintenues dans un état intermédiaire durant un certain temps. Beaucoup croyaient que ces âmes erraient sur terre jusqu’à la Toussaint. La veille – Halloween – offrait une dernière possibilité aux morts de se venger de leurs ennemis avant de passer dans l’autre monde. D’où l’utilisation de masques et de costumes pour tromper de telles âmes vengeresses.

Les célébrations d’Halloween ont été perpétuées particulièrement dans les régions celtes de Grande-Bretagne, qui comprenaient l’Irlande et l’Ecosse. Avec les vagues de migration de ces pays vers l’Amérique du Nord au 19ème siècle, Halloween s’est enracinée de l’autre côté de l’Atlantique.

Outré

En 1517, Luther n’était pas seulement professeur de théologie à l’Université de Wittenberg, mais aussi prêtre de l’église principale de la ville. Lorsque ses paroissiens ont arrêté de venir pour la confession, il découvrit qu’ils allaient dans les villes voisines afin d’y acheter des indulgences. Luther était outré par ce remplacement de la confession en offrant le salut par le moyen des indulgences.

Pendant près d’une décennie, on avait dit aux paroissiens qu’ils pouvaient libérer les âmes des êtres chers du purgatoire simplement en achetant un morceau de papier d’apparence officielle. Il réalisa que ses paroissiens étaient ciblés par une campagne de collecte de fonds dans le but de construire Saint-Pierre à Rome, ce qu’on appelait les Indulgences de Pierre. Il commença donc à prêcher contre cette pratique. Il enseignait que la vraie repentance et la pénitence ne pouvaient pas être remplacées par le simple achat d’une indulgence.

À la veille de la Toussaint, le 31 octobre, le point culminant de la saison pour que les pourvoyeurs d’indulgences jouent sur les craintes des gens sur les âmes de proches décédés, Luther fut poussé à écrire aux supérieurs de son église dans l’espoir de se débarrasser de cet abus. Dans cette lettre, il inclut ses désormais célèbres 95 Thèses dont il espérait qu’elles provoqueraient une discussion sur le sujet.

Luther envoya la lettre à quelques évêques et aussi à quelques amis. Certains des amis commencèrent à diffuser rapidement les 95 Thèses via la presse à imprimer récemment inventée – à Leipzig, à Nuremberg et à Bâle. Une longue mèche avait été allumée qui allait bientôt exploser en ce que nous appelons maintenant la Réforme.

Sans aucun doute, l’histoire spectaculaire de Luther clouant ses thèses sur la porte de Wittenberg sera répétée maintes et maintes fois cette semaine. Pourtant, aujourd’hui, peu d’érudits croient que cela s’est produit. Luther lui-même n’a jamais rien écrit à ce sujet. Ce n’est seulement qu’après sa mort que cette histoire commença à circuler. La plupart s’accordent à dire que Luther était sincèrement motivé par le désir de dissiper ces malentendus et de ne pas provoquer ses supérieurs… du moins à ce stade de sa carrière.

Reconsidération

Dans ces régions qui ont adopté la Réforme, Halloween finit par être considéré comme incompatible avec l’enseignement biblique. Le purgatoire était considéré avec une grande suspicion d’être une ‘notion papale’ contradictoire avec l’enseignement réformateur de base du salut par la grâce et par la foi seules. L’idée des âmes agitées des défunts contre lesquelles il était nécessaire de se protéger avec des masques et des costumes était maintenant considérée comme anti-biblique.

La Réforme que Luther et ses camarades réformateurs se sont retrouvés à diriger, allait fondamentalement redéfinir la place des humains dans le monde et dans la relation humaine avec Dieu. Rejetant les institutions intermédiaires, en particulier la papauté et l’église comme arbitre du salut et de la grâce, elle a amené une remise en question totale de la place de l’individu dans le cosmos.

Ceci signifierait d’un côté le rétablissement d’une vision biblique du monde, une église réformée et une compréhension renouvelée de Christ en tant que seigneur cosmique.

Paradoxalement, d’un autre côté, l’initiative de Luther du 31 octobre est perçue aujourd’hui par beaucoup comme l’ouverture d’un nouveau monde souterrain d’esprits de désacralisation, d’illumination et de sécularisation nous donnant notre monde moderne sans place pour le transcendant.

Doublement paradoxal, c’est ce monde séculier qui se délecte une fois de plus pour échapper à la raison dans les fantasmes d’Halloween.


À la semaine prochaine,

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