Mythes et réalités

septembre 18, 2017

L’Allemagne devrait sans doute choisir Angela Merkel pour un quatrième mandat en tant que chancelière, lors des élections de ce week-end. Le facteur inconnu est qui sera son (ses) partenaire(s) de coalition: les Verts, les Libéraux ou les Socialistes.

Pour préparer les élections, Romkje et moi-même étions invités, le week-end dernier, par une église près de Hambourg afin de parler des racines spirituelles de l’Union européenne et de proposer quelques réflexions sur des questions clés des élections dont la migration, le populisme, l’Union européenne et le transport écologique.

Comme je parlais, j’étais conscient des allégations faites dans un nouveau livre en néerlandais, De geboorte van Europa (La naissance de l’Europe), par un historien belge, Rolf Falter, selon lequel l’histoire de l’Union européenne, fondée sur la fraternité, était un mythe perpétué dans nos livres d’écoles. Les vraies raisons étaient beaucoup moins idéalistes, soutient l’auteur: la pression des Américains, la crainte des intentions russes et la résurgence allemande. De vilains compromis et des intérêts nationaux ont dicté le cours des événements.

Plusieurs personnes avaient attiré mon attention sur les critiques de ce livre, au cours des dernières semaines. Je peux être d’accord en grande partie avec sa thèse. L’histoire de l’Union européenne est très désordonnée et peut être considérée sous de nombreux angles. Comme les légendaires aveugles qui décrivent l’éléphant, des perspectives différentes offrent des histoires différentes, aucune d’entre elles ne donnant sans doute l’image complète mais chacune en donnant une partie. Comme je l’écrivais dans Deeply Rooted*, après le démarrage déclenché par Schuman et ses pairs, le processus a suivi une route très sinueuse et n’a parfois tenu qu’à un fil bien mince.

Déclenchement

L’idée de l’unité européenne a connu un long prologue au cours des siècles. Néanmoins, la contribution unique de Schuman était de déclencher le processus – lors de la ‘Journée de l’Europe, le 9 mai 1950 – qui s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui, sans toutefois rester fidèle à son plan.

Oui, la pression américaine a joué un rôle-clé. Le Plan Schuman était une réponse à la pression américaine pour que les Français apportent une solution au ‘problème allemand’. Le Plan Marshall, l’initiative pour les Nations Unies et l’OTAN étaient tous essentiels pour le maintien de la paix. Mais du point de vue de Schuman, aucun n’était suffisant en soi. Un changement de cœur impliquant les Européens, en particulier les Français et les Allemands, devait se produire.

Même, lorsque durant la guerre, il était emprisonné par la Gestapo, Schuman avait envoyé clandestinement des lettres à ses compatriotes français, en insistant qu’ils allaient devoir apprendre à pardonner et à aimer les Allemands pour reconstruire une Europe d’après-guerre. Après la guerre, l’OTAN et le Plan Marshall étaient des éléments essentiels de « l’échafaudage », vu de l’extérieur; mais le changement devait se produire à l’intérieur. Malheureusement, l’insistance de Schuman sur le fait que le projet devait avoir une ‘âme’, et ne devait pas simplement rester économique et technique, n’a cessé d’être ignoré.

Par exemple, l’attitude du général de Gaulle était « la France d’abord », alors que Schuman exhortait à un esprit de solidarité, recherchant le bien commun. De Gaulle a adopté la Communauté économique européenne non pas dans un ‘esprit de l’Europe’ mais pour contenir ses ennemis proches.

Mouvement

Raconter encore et encore l’histoire des racines chrétiennes de l’Union européenne est essentiel. Celle-ci est ignorée ou perdue dans la version séculière, mais est vitale pour fournir des bases adéquates pour toute communauté de peuples, unis dans la diversité. Comme la réalité ultime est la Trinité, unie dans la diversité, cette compréhension biblique est le seul terrain suffisant pour une telle communauté.

En tant que chrétiens, nous devrions connaître le rôle de la pensée chrétienne aussi bien dans la formation de l’Europe que dans le début du processus de l’Union européenne, particulièrement l’enseignement social catholique mettant l’accent sur la dignité humaine et la solidarité. Nous devons assumer notre responsabilité d’aider à façonner le processus en cours; et non de nous retirer avec fatalisme et de simplement critiquer.

Pour la plupart d’entre nous, cependant, l’Union européenne est trop éloignée de nos réalités quotidiennes. Comment pouvons-nous, non-politiciens, contribuer à promouvoir un sentiment d’appartenance à une plus grande famille de peuples?

La plupart, si pas toutes nos nations ont une fête nationale particulière, lorsque nous célébrons un patriotisme sain (par exemple la fête nationale française (le 14 juillet), le Jour du Roi aux Pays-Bas (le 27 avril), le Jour de l’Unification en Allemagne (le 3 octobre), etc.). Pourquoi ne devrions-nous pas aussi célébrer notre appartenance à la plus grande famille européenne de peuples? Pourquoi ne devrions-nous pas reconnaître les richesses dont nous avons bénéficié grâce à nos voisins – dans la musique, les arts, les sports, la nourriture, le commerce, la littérature, l’éducation, les connaissances scientifiques et médicales,… et bien plus encore.

Voici notre proposition: démarrer un Mouvement apolitique européen du 9 mai, pour célébrer notre appartenance à une communauté de peuples plus large. Il favoriserait l’unité dans la diversité, accroîtrait la conscience de notre besoin d’interdépendance et augmenterait la compréhension de l’importance du fait que nos cultures sont liées et notre avenir interdépendant.

Quant à la manière dont nous pourrions le faire, nous l’expliquerons lors de notre prochaine pensée de la semaine.

 


À la semaine prochaine,

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