Glorieux et terrible

avril 17, 2017

(Tiré du blog hebdomadaire pertinent de www.artway.eu, édité par Marleen Hengelaar, et écrit cette semaine par David Lyle Jeffrey, Professeur distingué de Littérature et d’Humanités à l’Université Baylor et Professeur invité de l’Université de Pékin.)

« CHRIST EST RESSUSCITE ! IL EST RESSUSCITE ! IL EST VRAIMENT RESSUSCITE ! ALLELUIA ! »

Avec de tels hymnes et exclamations liturgiques, les adorateurs se réjouissent ensemble en ce jour le plus important de l’année chrétienne, célébrant l’événement transformateur du monde, de la Résurrection du Christ Jésus de la tombe, deux jours après sa mort dégradante et tortueuse sur la croix et sa sépulture.

Presqu’aucun autre événement dans les Evangiles n’attirent si puissamment les artistes visuels ; et pourtant la fréquence de la description de la Résurrection est très modeste en comparaison avec les images incalculables de sa terrible mort, ou même du retrait de son corps de la croix et de sa déposition dans la tombe.

(Car) la Résurrection est le vrai point d’orgue des récits des Evangiles et le sommet du message des Evangiles, sans laquelle, comme Saint-Paul le disait notoirement, notre foi est vaine (1 Corinthiens 15:13-14).

En fait, aucun de ces Evangiles ne décrivent le moment ; ils nous parlent plutôt de l’absence de son corps dans la tombe lorsque, d’abord les femmes, et Pierre ensuite, arrivèrent. Il y a un blanc. En conséquence, les artistes ont été obligés d’imaginer comment les premiers témoins, les gardes de la tombe (Matthieu 28), ont pu réagir lorsque et s’ils ont vu Jésus réellement surgir de derrière la pierre scellée. C’est la conjecture que décrivent Piero Della Francesca et Andrea Mantegna avec une iconographie plus conventionnelle. Dans leurs descriptions, le Christ ressuscité émerge sereinement victorieux d’un sarcophage, bannière de son triomphe sur le péché et la mort à la main, avec les gardes de la tombe comme spectateurs inefficaces.

Terrible beauté

Pierre Paul Rubens va bien plus loin que ces peintures dans le réalisme et la puissance brute. Son Christ ressuscité surgit littéralement d’une tombe d’un flanc de colline rugueux et rocheux, comme un jeune Hercules prêt à se battre (comparez cela avec l’Hercule ivre de Rubens, peint à peine une année auparavant). Nous voyons un corps massif, vigoureux, pleinement corporel et pourtant divinisé. Les rayons flamboyants émanant de sa tête (qui n’est plus blessée, les marques sur son pied et son côté à peine visibles) peuvent être une allusion à la jeune mariée comme le soleil du Psaume 19:5-6, une image poétique empruntée du mythe babylonien du dieu-soleil, déjà employée dans une allégorie pour la résurrection de Christ dans le célèbre Psautier d’Utrecht. Mais par dessus tout, nous reconnaissons l’influence de Michelangelo, qui utilisa simplement une allusion de son dessin de la Résurrection (1532, British Museum), une étude du Jugement dernier de la chapelle Sixtine, une œuvre que Rubens avait vue et grandement admirée. Le Jésus de sa Résurrection de Christ de 1612 ressemble explicitement à celle de Michelangelo apparaissant soudainement comme Juge de Tous. Il n’y a, en aucune manière, rien de serein dans cette image du Christ ressuscité. Sa beauté est une beauté terrible.

Au milieu de nos célébrations joyeuses de Pâques, des hymnes splendides traditionnels et des ensembles hauts en couleurs, il est possible que nous rations la puissance cinétique du Christ ressuscité. Il n’est pas à l’aise avec nos finesses bien habillées, simplement parce qu’il est bien trop fort, et bien trop réel. John Updike capture suffisamment bien le scandale déconcertant de la Résurrection pour notre temps, lorsqu’il écrit :

Ne vous méprenez pas : s’il était vraiment ressuscité

                                           C’était dans Son corps ;

                                           Si la dissolution des cellules ne s’était pas inversée, les molécules

                                           recomposées, l’acide aminé ravivé,

                                           l’Eglise tombera.

(Seven Stanzas at Easter, 1964)

Pour certains, la Résurrection peut sembler comme un jugement sur l’incroyance. Pour d’autres, comme le poète et prêtre anglais John Donne, contemporain de Rubens, c’est le socle prééminent de la foi. Donne connecte la Résurrection au Jugement de Dieu dans une manière que la peinture de Rubens semble également affirmer, nous rappelant que ce qui doit apparaître comme une terreur pour ceux qui ne le connaissent pas dans la puissance de sa Résurrection est, en revanche, pour ceux qui le connaissent, une assurance d’espoir éternel :

Si dans ton petit livre, mon nom tu enrôles,

                                    La chair dans ce long sommeil n’est pas putréfiée.

                                    Qu’alors le sommeil du péché et de la mort s’éloigne rapidement de moi,

                                    Que je m’éveille des deux, moi encore ressuscité, je puisse

                                    Saluer le jour dernier et éternel                                  

(Saint Sonnet 6, autour de 1615)

Le Seigneur ressuscité de Rubens est glorieux, mais loin d’être raisonnable. Comme Rubens le propose, ceci devrait être une source chrétienne indéfectible de confort. Il est un grand Dieu et un Roi puissant, au-dessus de tous les dieux.

Christ est ressuscité ! Alléluia!

—–

Pierre Paul Rubens: Triptyque avec la Résurrection de Christ, 1611-12, huile sur panneau, 179 x 138 cm. Rubens (1577-1640) est le peintre baroque septentrional le plus éminent, parfois appelé « le prince des artistes de la Contre-Réforme ».

 


À la semaine prochaine,

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