Vision Eurotunnel

janvier 20, 2020

Un économiste de Dublin donnait son point de vue sur le Brexit dans un documentaire sur l’Irlande que j’ai regardé ce week-end. « Nous, les Irlandais, avons toujours été les opprimés », disait-il, « et donc nous pouvons compatir plus facilement avec les autres. Nous avons toujours souffert d’un complexe d’infériorité. »

Les Britanniques, au contraire, avaient toujours été habitués à prendre le dessus, a-t-il poursuivi, en tant que conquérants, impérialistes et dirigeants coloniaux. Ils avaient toujours un complexe de supériorité. C’est la raison pour laquelle faire partie de l’Union européenne a été difficile pour eux, n’étant qu’un des nombreux autres pays, et pour laquelle ils pensaient pouvoir faire cavalier seul. Mais ils n’avaient pas réalisé à quel point le monde avait changé, a-t-il déclaré.

C’est ce que nous pourrions nous attendre à entendre d’un économiste irlandais.

Ce qui m’a frappé, cependant, c’était que son commentaire aurait pu décrire l’attitude des Européens à l’égard du monde. Nous, Européens, avons du mal à discerner les changements de pouvoir qui se produisent dans notre monde en évolution rapide. Les Européens se sont toujours sentis au centre des développements mondiaux, exportant la civilisation et les développements industriels à l’échelle mondiale, montrant aux autres nations comment diriger les gouvernements, créer l’Etat de droit et fabriquer des produits de qualité (sans mentionner comment commencer des révolutions et des guerres mondiales…).

Même avec le déplacement de la puissance mondiale outre-Atlantique depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est restée le théâtre de la Guerre froide et de sa fin spectaculaire.

‘La Foi, c’est l’Europe’

Du point de vue de la chrétienté, l’Europe a toujours été le siège de l’Eglise catholique romaine présidée par des papes européens depuis le huitième siècle. Même le pontife actuel, largement salué comme le premier Evêque non-européen de Rome, est le fils de parents italiens. Combien de fois a-t-on dit que ‘l’Europe c’était la Chrétienté, et la Chrétienté l’Europe’ ?! Ou, selon les mots du poète-écrivain Hilaire Belloc ‘la Foi c’est l’Europe, et l’Europe c’est la Foi’.

L’Europe a été le théâtre de la Réforme (sans parler des guerres de religion qui ont suivi). Il était logique que la Conférence missionnaire mondiale de 1910 soit organisée en Europe, à Edimbourg pour être précis, avec seulement 18 non-occidentaux parmi les plus de 1200 délégués en provenance principalement d’Amérique du Nord et d’Europe septentrionale. Il était peut-être également logique que la réunion inaugurale du Conseil œcuménique des Eglises se tienne à Amsterdam,en 1948.

Pourtant, la foi chrétienne n’a jamais été intrinsèquement européenne, et de mon vivant, tout a changé. Le centre de gravité du Christianisme mondial s’est déplacé. Ce qui a commencé à Jérusalem et s’est rapidement déplacé à Antioche, à Athènes et à Rome, a non seulement traversé l’Atlantique, mais s’est maintenant propagé aux hémisphères sud et oriental ; en Amérique latine, en Afrique et en Asie où il connaît une croissance explosive.

L’ampleur de ce qui se passe est en grande partie cachée à ceux d’entre nous qui vivent dans une culture postchrétienne. Nous souffrons de ce que nous pourrions appeler la vision Eurotunnel. Nos bulletins d’information sont euro-centriques, sinon centrés sur notre propre nation ou sur les personnalités médiatiques. Absorbés par des chiffres en baisse de l’engagement de l’église, nous avons été trop occupés avec nos propres problèmes de rétrécissement pour remarquer que la Foi, c’est désormais l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine.

Nombres écrasants

Il n’existe nulle part en Europe des offices religieux, par exemple, à l’échelle de l’Eglise du Plein évangile Yoido à Séoul, en Corée, dont le pasteur est David Yonggi Cho, avec un nombre de membres plus élevé que la population d’Amsterdam ! J’ai personnellement constaté le nombre écrasant de personnes de la congrégation s’installant rapidement dans l’immense auditorium comme des supporters de football bien élevés, après que la congrégation du dernier office se soit dispersée de manière efficace ; juste un des nombreux offices à répétition organisés chaque week-end.

Le responsable catholique charismatique, Ralph Martin, que j’ai rencontré pour la première fois en 1975, a affirmé il y a deux décennies que, dans toute l’histoire de l’humanité, aucun autre mouvement humain volontaire apolitique, non militariste, n’avait grandi aussi rapidement que le mouvement pentecôtiste-charismatique au cours des 25 années précédentes. Le Cardinal Kasper, ancien chef du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens, estimait, il y a une décennie, qu’il y avait environ 600 millions de Chrétiens pentecôtistes et charismatiques, plus d’un quart de tous les Chrétiens dans le monde, et plus que l’ensemble de la population de l’Union européenne.

La croissance la plus inattendue et la plus étonnante a été en Afrique où, en 50 ans, le nombre de Chrétiens a quadruplé pour atteindre environ 600 millions de personnes, doublant au cours des deux dernières décennies ! La plupart de cette croissance se situe au sein des églises indigènes, mais même les églises de la communion anglicane en Afrique comptent plusieurs millions de membres de plus que toutes leurs églises sœurs de Grande-Bretagne, d’Europe et des Etats-Unis. Le Nigéria dispose de plusieurs auditoriums d’église qui peuvent accueillir de 40.000 à 500.000 personnes !

D’ici 2050, la population du Nigéria sera plus nombreuse que celle des Etats-Unis. D’ici 2100, il aura la troisième plus grande population du monde, derrière l’Inde et la Chine, et comptera plus de Chrétiens (et de Musulmans) que tout autre pays du monde.

Tout ceci pour dire que nous, Européens, devons affronter nos attitudes de supériorité bien ancrées, sortir de notre vision Eurotunnel et être prêts à apprendre des églises non-occidentales en pleine croissance.


À la semaine prochaine,

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