Au-delà de notre zone de confort

octobre 14, 2015

« Nous avons besoin d’aller là les premiers, afin de leur montrer de l’amour, ou alors d’autres les manipuleront dans l’extrémisme. »

La semaine dernière, près de Stuttgart en Allemagne, l’orateur, un grand Suédois aux cheveux courts, plaidait auprès de leaders chrétiens, en provenance de 30 pays européens, de s’impliquer auprès des communautés immigrantes qui se développent rapidement dans les centres urbains européens.

Il y a trente ans, Peter Magnusson, sa femme Lena et ses enfants, s’installèrent au sein d’une communauté multiethnique à Jönköping, en Suède, afin d’y pratiquer ce qu’il prêchait désormais : un style de vie « incarnationel » (c’est-à-dire incarnant la personne de Jésus-Christ).

Beaucoup, parmi les quatre-vingts participants de l’Assemblée générale annuelle de l’Alliance Evangélique Européenne, partagèrent eux-mêmes des rapports encourageants, sur la réponse générale d’amour et de compassion à travers l’Europe, envers les nouvelles vagues de migrants. Pourtant, l’histoire de Peter nous confronta à la réalité que l’afflux actuel de réfugiés impliquerait un engagement à long-terme des chrétiens partout – en faisant un pas au-delà de nos zones de confort.

L’assemblée répondit à ce défi par un appel à l’action pour les chrétiens à travers l’Europe, afin d’accueillir des étrangers, que ce soit les nouveaux arrivants ou les voisins existants, d’appartenance ethnique, de culture ou de foi différentes.

« Le principal défi pour l’église est de ne pas être conduite par la peur mais par la vérité », disait Peter, tandis qu’il décrivait les programmes, dont lui et son réseau Underground (clandestin), composé d’une soixantaine de volontaires, ont développés pour répondre aux besoins fondamentaux des jeunes migrants et des enfants de migrants en provenance des Balkans, du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique du Nord. Ces programmes comprenaient, entre autres, un centre d’accueil offrant de l’aide pour les devoirs scolaires et pour les aptitudes à la vie quotidienne, un cours d’insertion professionnelle et un programme de développement de l’aptitude à diriger pour les 16-25 ans.

Confiance et respect

Peter et Lena ont compris l’importance de donner aux filles migrantes, en particulier, une chance pour l’éducation, la croissance de la confiance en soi, et le statut dans leur famille, nécessaire pour s’engager dans la société. Ceci nécessita de nombreuses heures de rencontres, avec les pères et les familles, passées à construire la confiance et le respect, à les aider à voir les bienfaits d’aider les filles et les sœurs à acquérir des aptitudes pour la vie quotidienne comme une alternative au mariage précoce et à la maternité à l’âge de l’adolescence. Une auto-école pour les filles s’est avérée être un grand succès dans le processus donnant aux filles une compétence appréciée par leur famille, et un sens de l’indépendance.

Bien que passer des heures assises dans une voiture, seules avec un instructeur de conduite masculin soit diamétralement contraire à la tradition, les filles elles-mêmes, et beaucoup de familles migrantes dans la communauté, ont développé une grande confiance en Peter et son équipe. Les volontaires n’interviennent pas seulement dans l’aide aux devoirs, mais servent aussi d’intermédiaires auprès des écoles locales, pour le compte des étudiants, rappelant aux écoles leurs responsabilités légales et les droits des étudiants, ainsi que le devoir des écoles d’assister ces étudiants dont les familles ne peuvent soutenir leur apprentissage.

La réalité en Suède n’a pas toujours été la société stable et socialisée des médias populaires, expliqua Peter. La Police avait peur d’aller dans certains quartiers où les bandes de criminels avaient le contrôle. La lutte d’Underground contre la marginalisation, la discrimination et l’injustice a donné plus d’ampleur au profil du ministère dans les mondes séculiers de la politique, des médias, des affaires et du gouvernement. Résolument lié à l’église, le projet n’affiche aucune croix ou verset sur les murs : « Nous sommes les versets que les gens peuvent lire, et ils savent que nous défendons les plus faibles. »

Politique de dignité

Tout en attirant l’attention sur le thème de l’assemblée, De l’exclusion à l’inclusion, le premier intervenant, David Wise, de l’Eglise baptiste de Greenford à Londres, décrivit le voyage de sa congrégation, autrefois ethniquement blanche, vers une église regroupant aujourd’hui 45 nationalités. Les églises devraient refléter maintenant la multitude multiethnique dépeinte en Apocalypse 7:9, adorant ensemble devant le trône, disait-il.

Dans ses provocatrices études bibliques quotidiennes, le théologien arabo-syrien, Dr. Chawkat Moucarry, souligna le cœur de Dieu pour l’étranger: Agar (dont le nom signifiait ‘migrant’) ; Naaman, le général syrien que Dieu  a guéri ; et les Samaritains dans leurs différentes rencontres avec Jésus. Si Dieu n’a pas discriminé l’étranger, nous non plus, raisonnait-il.

Moucarry cita un éditorial récent du magazine The Economist avec un en-tête tiré de Deutéronome 10:19 : Vous aimerez l’étranger. ‘Il y a sûrement des limites sur le nombre de migrants que toute société acceptera’ lisait-il. ‘Mais les chiffres que l’Europe avance pour les recevoir ne commence pas à les enfreindre. La Willkommenskultur (culture de l’accueil) montre que les peuples d’Europe sont plus accueillants que leurs politiciens nerveux le supposent. La politique de peur peut être contrée par la politique de dignité.’

Lors de la soirée finale de l’assemblée, j’ai brièvement présenté l’histoire de Hope for Europe (Espoir pour l’Europe) avant d’annoncer que le mouvement, travaillant en réseau, continuerait en tant que ‘branche’ de l’Alliance Evangélique Européenne, présidée par son secrétaire général, Thomas Bucher. Pendant plus de deux décennies, le mouvement a nourri plus de vingt réseaux reliant des ministères à travers l’Europe pour une communion et un soutien mutuel, organisé deux grands congrès européens, HOPE.21 en 2002 et HOPE.11 en 2011, et introduit le prix annuel HOPE (Espoir) remis à des personnes ou des mouvements apportant de l’espoir.

C’était mon privilège, pour mon dernier acte en tant que président de Hope for Europe, de remettre le 24ème prix HOPE à Peter Magnusson, en tant que fondateur d’Underground, un choix marqué par des applaudissements spontanés en reconnaissance de l’espoir et de l’inclusion que son ministère a apportés aux étrangers en Suède.


À la semaine prochaine,

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