Le Père Noël était-il noir?

novembre 22, 2014

Les néerlandais ont été secoués ces derniers jours au sujet de la couleur de Zwarte Piet (Père Fouettard), l’assistant de Saint-Nicolas. Mais l’émoi est sans doute autour de la mauvaise personne. En effet, les premières icônes de Saint-Nicolas, l’origine du Père Noël, laissent penser qu’Il était noir. On a peut-être été dans l’erreur durant ces derniers siècles!

Tous ces personnages mythiques sont issus d’un homme qui a en réalité vécu dans l’ancienne Myre, aujourd’hui Demre, au sud-ouest de la Turquie, et non en Espagne ou au Pôle Nord. OK, ne laissez jamais la vérité entraver une belle histoire, disent-ils. Mais ça vaut la peine de remettre les pendules à l’heure.

Ma femme et moi sommes justement pour le moment en Turquie, où nous visitons différents endroits que Paul traversa, dont Myre. Lors de son voyage vers Rome, Paul, ses compagnons prisonniers et Julius le centurion débarquèrent à Myre. Là, ils embarquèrent dans le bateau alexandrin qui plus tard échoua à Malte (Actes 27:5-6). Lors de son 3ème voyage, Paul amarra brièvement à Patare, juste à l’ouest de Myre, sur sa route pour Jérusalem (Actes 21:1).

C’est à Patare que Niko-laos (‘victoire du peuple’) est né, probablement à la fin du 3ème siècle. Certains disent qu’il était le fils de très riches noirs Anatoliens de l’ancien Empire Romain. La tradition raconte que ses parents moururent lors d’une épidémie alors qu’il était jeune. Il semble qu’il ait été croyant dès le plus jeune âge et qu’il ait fait un pèlerinage en Egypte et en Palestine lorsqu’il était encore jeune. De retour à Myre, il fut établi évêque de cette ville portuaire, et devint rapidement très connu pour sa générosité envers les pauvres, inspiré par les enseignements de Jésus. Une légende raconte qu’il lâcha des pièces d’or dans une cheminée pour les filles d’un homme pauvre qui ne pouvait pas se permettre une dot. Avec d’autres évêques, il fut emprisonné lors de la persécution des chrétiens, sous Dioclétien, aux alentours de l’an 303. Relâché après que Constantin devint empereur, on dit de lui qu’il aurait participé à l’historique concile de Nicée, en 325.

Reliques

La fête de Saint-Nicolas marque le jour de sa mort à Myre, le 6 décembre 343. D’où le fait que Saint-Nicolas soit célébré annuellement aux Pays-Bas en offrant des cadeaux la veille au soir, et le matin suivant en Belgique, au Luxembourg et dans le nord de la France (Flandre française, Lorraine et Artois). Il est aussi très connu dans certaines régions de l’Allemagne et de l’Autriche (Sankt Nikolaus); en Suisse (Samichlaus); en Italie (San Nicola); en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et en Serbie (Sveti Nikola); en Slovénie (Sveti Nikolaj or Sveti Miklavž); et en Grèce (Agios Nikolaos). Beaucoup de villes européennes revendiquent Nicolas comme leur saint patron : d’Amsterdam à Aberdeen, de Limerick à Liverpool, de Naples à Portsmouth. Il semble avoir été, en effet, le saint favori de tout le monde : des marchants aux marins, des nouveaux mariés aux juges, des archers aux voleurs, des enfants et étudiants aux vieilles filles et des assassins pénitents.

Bari, dans le sud de l’Italie, revendique un lien spécial avec Nicolas, remontant à l’année 1087, alors que des marins ‘transférèrent’ le corps de la Myre Byzantine en Italie, contre la protestation des moines orthodoxes locaux. Ils crurent qu’ils sauvaient les reliques chrétiennes de l’envahisseur musulman Seljuk Turks. Après tout, Nicolas, lui-même, leurs apparut en vision, disant qu’il voulait être envoyé à Bari pour y reposer. Qui aurait pu discuter contre ça ? Le corps de Nicolas arriva à Bari au milieu d’une grande fanfare le 9 mai de cette année-là. Aujourd’hui encore, son arrivée est remise en scène avec une flottille de bateaux, des feux d’artifice et une parade avec un Saint-Nicolas grandeur nature. Les célébrations ont leur point d’orgue dans la basilique romanesque construite pour abriter ses reliques, où les représentations du saint montrent clairement Nicolas de couleur noire.

Espagne?

Alors comment se fait-il que notre Sinterklaas/Saint-Nicolas/Père Noël est-il devenu si pâle ? Et pourquoi les parents néerlandais racontent à leurs enfants que le Saint provient d’Espagne ? Et bien, c’est compliqué. Cela provient sans doute de l’Empire Espagnol de Charles Quint et Philippe II, lequel ayant absorbé l’Italie méridionale – et Bari –introduisit la fête à l’Ouest. Les marins espagnols introduisirent sans doute la fête aux néerlandais.

La fête survécut aux changements radicaux amenés durant la Réforme à Amsterdam, et les protestants néerlandais qui établirent la Nouvelle-Amsterdam à l’embouchure du fleuve Hudson, emportèrent avec eux la fête du (déjà blanc) Sinterklaas. Lorsque les Anglais prirent le contrôle, et que la ville devint New York, le Sint devint Santa Claus (Père Noël).

Entre-temps, en Europe, la fête fut embellie avec des éléments du dieu germanique Odin, qui se promenait dans les cieux sur son cheval blanc. Les touches finales du Père Noël actuel arrivèrent lorsque Coca-Cola mandata Norman Rockwell de créer un personnage gros et jovial, habillé avec les couleurs rouge et blanche de la compagnie. Tout ceci est bien loin de l’évêque et homme de Dieu de Myre, dont la générosité envers les pauvres et les nécessiteux était une obéissance directe aux enseignements et à l’exemple de son Seigneur Jésus. J’écrirai sans doute une lettre au maire d’Amsterdam afin de lui proposer de remettre les pendules à l’heure l’année prochaine en ayant un Sinterklaas noir se promenant à cheval dans la ville.


À la semaine prochaine,

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