Rien de nouveau sous le soleil?

juin 22, 2015

Dans le pays du soleil de minuit (la nuit dernière a été la plus courte de ma vie), ici, au-dessus du Cercle Polaire Arctique, au nord de la Norvège, la nouvelle encyclique du Pape sur la gestion de l’environnement prend une importance particulière.

Un barbecue m’attendait au centre de JEM à Borgen, après avoir roulé 90 minutes, entre fjords et montagnes, depuis l’aéroport de Tromsø. Autour des saucisses et des viandes grillées, j’ai rencontré un visiteur se présentant comme guide touristique de l’Arctique. La conversation dévia vers les effets du réchauffement climatique sur la région. D’un air très détaché, il me dit qu’au cours des deux dernières années, 20% de la glace avait fondu. Je me suis presque étranglé avec ma saucisse. Un cinquième ! Bien sûr, continua-t-il, la plupart des personnes en sont totalement inconscientes car elles ne viennent pas en Arctique. Tant que nous ne ressentirons pas l’effet direct du réchauffement climatique, autrement qu’à travers des comportements météorologiques étranges, il est difficile d’imaginer ce que ces réalités autour de nous nous réserverons.

Lettre circulaire

Le Pape François fait de son mieux, malgré tout. Durant mon vol au départ d’Oslo, je lisais un résumé de son encyclique de 80 pages et 45.000 mots, Laudato Si’ publiée la semaine dernière après tant de spéculations dans les médias. Les encycliques (littéralement ‘lettres circulaires’) sont des documents auxquels les évangéliques n’ont pas souvent prêté attention par le passé, et souvent cela les a appauvris. Bon, elles ne nous étaient pas adressées, n’est-ce pas ? Les principaux destinataires sont les évêques catholiques romains, afin de donner des instructions sur des questions morales, sociales et théologiques. Pourtant, elles sont peut-être devenues les documents les plus influents de l’instruction morale destinés à un public mondial de tous horizons, avec bien plus d’autorité que ceux des présidents, rois et premiers ministres, et bien plus largement étudiées. Dans la mesure où elles créent un débat public, mettant en évidence des valeurs et vérités bibliques, nous ne pouvons qu’être reconnaissants pour l’influence de ces missives. Par exemple, l’encyclique de 1891 sur l’enseignement catholique social a largement influencé le mouvement démocrate-chrétien et l’émergence du projet européen. Il y aura toujours des points que les protestants n’accepteront pas facilement, mais cela ne devrait pas nous empêcher de leur donner une considération attentionnée. Particulièrement celle-ci, où François s’adresse de manière spécifique à chaque personne vivant sur cette planète, ‘confrontés, tel que nous sommes, à la détérioration environnementale mondiale’. Dans cette Encyclique, il écrit : ‘Je me propose d’entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune.’ François commence par un résumé consternant ‘des meilleures recherches scientifiques disponibles aujourd’hui’ avant d’amener une interprétation chrétienne sur les implications de ce qu’il nomme ‘un des principaux défis auxquels l’humanité fait face de nos jours.’

Ecologie intégrale

La planète se réchauffe et les humains en sont la cause principale, par l’utilisation de combustibles fossiles et la déforestation à des fins agricoles. La politique publique devrait réduire les émissions de carbone et promouvoir les sources d’énergie renouvelables. La lettre du pape explique que l’eau est de plus en plus polluée, privatisée et gaspillée, créant des problèmes pour les pauvres. Nos interventions dans la nature, et même nos tentatives pour réparer ce que nous avons causé, ‘aggravent la situation.’ D’accord, il n’y a rien de nouveau à ceci. Cependant, la Bible nous donne une perspective très différente sur la compréhension de notre relation avec l’environnement et les raisons pour lesquelles nous devrions gérer notre planète. Tout ceci, le pape commence à l’expliquer dans sa deuxième section, où il parle de l’Evangile de la création et pourquoi la foi motive aussi les Chrétiens à prendre soin de la création. Il identifie alors les racines humaines de la crise comme étant ‘le paradigme technocrate dominant’ qui a mal tourné, au grave détriment du monde qui nous entoure. Il en appelle à un dialogue international pour la recherche d’un consensus mondial sur l’environnement. L’interdépendance de l’humanité nous oblige à penser à ‘un monde avec un plan commun.’ La communauté internationale a besoin de trouver une manière d’éliminer progressivement les combustibles fossiles dès que possible. Il recommande vivement aux scientifiques et aux leaders religieux d’être en dialogue, vu que ‘la science empirique ne peut expliquer la réalité entière’. La majorité des personnes vivant sur notre planète déclare être croyantes, et elles ont besoin de dialoguer entre elles et avec la science sur ces sujets. La spiritualité chrétienne propose une alternative à notre obsession de consommation, une croissance marquée par la modération et la capacité d’être heureux avec peu. En conclusion, le pape écrit que la Trinité a laissé sa marque sur toute la création. Tout est interconnecté, et cela nous invite à ‘développer cette spiritualité de solidarité mondiale qui découle des mystères de la Trinité.’ Ceci est un appel à prendre au sérieux, étant donné que quelque chose de nouveau semble se produire sous le soleil de minuit.


À la semaine prochaine,

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