2014 en perspective

novembre 3, 2014

Si les européens étudiaient leur Histoire, ils compteraient leurs bénédictions, réaliseraient qu’ils sont plus libres et plus riches que jamais dans l’Histoire, et en conséquence, ils ne seraient pas désespérés et ne se plaindraient pas.

Alors qu’elle délivrait, la semaine dernière, la conférence annuelle sur l’Europe (Europe Lecture) à La Haye, l’ancienne présidente de la Lettonie, Dr. Vaira Vīķe-Freiberga (76 ans) tira ces conclusions sur base de son expérience de vie. Celle-ci commença lorsqu’elle dut fuir avec ses parents, alors que l’Armée Rouge “libéra” son pays, occupé par les Nazis en 1944, et l’effaça de la carte. Après des années passées dans des camps de réfugiés en Allemagne d’après-guerre et puis au Maroc français, sa famille s’établit au Canada, où elle servit plus tard en tant que professeur à l’université de Montréal pendant 33 ans.

Dr. Vīķe-Freiberga garda un intérêt majeur pour son pays natal. De retour après la chute de l’Union soviétique, elle abandonna sa citoyenneté canadienne pour devenir Présidente de la Lettonie de 1999 et 2007. Ayant lancé toute une série de réformes sociales et économiques, elle observa une économie croissante, une corruption réduite et les institutions démocratiques renforcées. Durant son mandat, elle jouit d’un taux de popularité assez unique, de 70 à 85%, et négocia l’accession de la Lettonie à l’UE et l’OTAN en 2004.

Bénéficiaire de presque cent honneurs, récompenses, doctorats honorifiques et ordres du mérite de premier rang, elle fut candidate officielle au poste de Secrétaire générale de l’ONU en 2006.

Perspective

Dr. Vīķe-Freiberga, assise sur l’estrade de la caverneuse Kloosterkerk, débuta en constatant que l’année 2014 fut remplie d’événements inquiétants. Elle ajouta que, pour avoir une compréhension plus claire d’où nous en étions aujourd’hui, nous devions avoir la perspective de l’Histoire, et proposa de revenir deux siècles en arrière, au Congrès de Vienne. Cette réunion de chefs d’Etat européens n’inaugura pas un siècle de paix, comme certains le clamèrent. L’année suivante vit en effet le retour d’exil de Napoléon à la Bataille de Waterloo. 1848 fut une année de révolutions à travers l’Europe ; ce fut le tour ensuite des guerres de Crimée (1853-6), russo-turque (1877-78) puis russo-japonaise (1905); sans oublier celle de Bismarck contre la France (1870).

Selon elle, le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 pouvait aussi être vu comme le résultat du Congrès de Vienne. Le grand rassemblement de chefs d’Etat qui suivit, à Versailles, apporta tout sauf la paix durable tant désirée. Des intellectuels européens se laissèrent alors séduire par les idéologies du marxisme et du fascisme, entraînant la dévastation massive, la destruction et la mort. Alors que la Première Guerre mondiale causa des pertes en vies militaires sans précédent, la Seconde causa des pertes en vies civiles sans précédent. Alors qu’elle continuait son observation de 1945, Vīķe-Freiberga remarqua que la paix avait été établie en même temps que la liberté et la démocratie – au moins sur la moitié du continent. Une idée était née : celle qu’au lieu de tuer des soldats et des civils, la collaboration, la coopération, la discussion et le débat pouvaient offrir des solutions communes. Des hommes sages comme Robert Schuman et Jean Monnet constituèrent la Communauté européenne du charbon et de l’acier, une toute nouvelle voie pour la coopération inter-Etats. En regardant en arrière, observa-t-elle, la paix et la stabilité, en Europe occidentale, semblaient être comme dans un conte de fée.

Différence

Ces idées devinrent un catalyseur jusqu’à ce que le mur de Berlin, le communisme et l’Union Soviétique tombent. Les pays qui avaient été écrasés par la volonté d’une autre puissance furent révélés sur la carte. Cette occupation illégale était restée incontestée pour la cause de la stabilité mondiale et des « bonnes relations ». Des voisins, tels que les Suédois, avaient ignoré les réalités des nations baltes pour la cause des affaires et des relations de voisinage (avec la Russie).

Les Baltes avaient désormais besoin que le reste des Européens les reconnaisse et les accepte, expliqua-t-elle. Elle expliqua que ceci n’était pas une violation des droits de la Russie, ou une agression sur la Fédération Russe, comme le vit le Président Poutine. « L’Europe occidentale ne nous a pas envahi. Nous avons frappé à la porte. » Ceci était la différence flagrante entre l’Union soviétique et l’EU, affirma-t-elle. D’autres pays ont par la suite désiré cette reconnaissance. La signature d’un accord d’association entre l’Ukraine et l’UE est à la base de la violence actuelle là-bas. Les événements de 2014, alors que la souveraineté, les traités et l’intégrité territoriale étaient bafoués, ravivèrent les souvenirs pénibles de 1914 et 1814.

Elle avertit que les citoyens de l’UE faisaient face à un choix s’ils désiraient que leurs enfants et petits-enfants puissent hériter de cette paix sans précédent. Il n’y avait pas de garantie qu’un système quelconque puisse continuer. Elle insista sur le fait que la paix et la sécurité requéraient des systèmes de défense qui ne pouvaient être négligés. Alors que la démocratie et le capitalisme avaient besoin d’une sérieuse refonte, les européens avaient aussi besoin de réaliser les grands capitaux et les ressources qu’ils avaient toujours. Elle invita son auditoire à se rappeler des bénédictions à la lumière de ces 200 dernières années, et de ne pas désespérer ni de se plaindre: « Vous avez le privilège de faire de l’Europe ce qu’elle peut et ce qu’elle doit être. »


À la semaine prochaine,

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