‘Défendez la vérité’

juillet 13, 2015

Lundi dernier, il y a eu exactement six cents ans que le réformateur tchèque Jan Hus fut brûlé sur le bûcher, en tant qu’hérétique, par les puissances catholiques à Constance, au sud de l’Allemagne. Comme nous sommes arrivés à Prague aujourd’hui, à mi-chemin de notre tour continental de l’héritage, la mémoire de ce héros national et de son message de ‘défendre la vérité’ reste bien vivant.

Les commémorations de lundi dernier commencèrent par un cortège vers l’imposante statue en bronze de Hus, érigée sur la Place de la Vieille Ville il y a un siècle, durant la Première Guerre mondiale. Toute la journée, des orchestres et des groupes musicaux ont présenté un programme sur la place, culminant avec le Master Jan Hus Oratorio et une procession aux flambeaux jusqu’à la rivière Vltava. Autour du centre historique de Prague, une variété de programmes spirituels, culturels et sociaux se déroulent ce mois-ci dans ce qui est collectivement appelé Le festival de commémoration du Maître Jan Hus 2015. Les organisateurs expliquent que, bien que la mort de Hus fût une grande tragédie, ils souhaitent célébrer l’héritage vivant de Hus aussi bien dans l’église que dans la société. Un culte de louange œcuménique fut également célébré sur la Place de la Vieille Ville, tandis que des séminaires, discussions, panels, expositions et tours dans Prague, sur les traces de Hus, ont tous stimulé la réflexion sur la pertinence actuelle de la vie et du message de Hus, pour les Tchèques, aujourd’hui. Les voyageurs passant par l’Aéroport International ‘Václav Havel’ de Prague sont invités à parcourir l’exposition retraçant l’influence de Hus depuis le 15ème siècle jusqu’à nos jours. À l’Université Charles, une exposition explore la relation de Hus avec l’université où il fut autrefois recteur.

La vérité prévaut

À l’extérieur de la Chapelle Bethléem restaurée, la caverneuse maison de rencontre où Hus prêchait régulièrement à de grandes foules dans leur langue maternelle, il y avait des banderoles annonçant une exposition dans les salles gothiques souterraines de la chapelle avec le titre : ‘Défendez la Vérité’. Pendant sa détention, dans l’attente de son jugement à Constance, Hus écrivit sa célèbre Règle de Sept : ‘De ce fait, Chrétiens fidèles, cherchez la vérité, entendez la vérité, apprenez la vérité, aimez la vérité, dites la vérité, adhérez à la vérité, défendez-la jusqu’à la mort, car la vérité vous rendra libres.’ Hus dut pratiquer ce qu’il prêcha, défendant la vérité jusqu’à sa mort, sur le bûcher, le 6 juillet 1415. Depuis lors, le peuple tchèque s’est senti trahi, aussi bien par l’Eglise que par le Saint-Empire Romain, par cet événement qui continue à vivre dans la mémoire collective de la nation. En 1999, le Pape Jean-Paul II confessa l’injustice du jugement et de l’exécution de Jan Hus pour hérésie par les mots suivants : ‘Aujourd’hui, à la veille du Grand Jubilé, je ressens le besoin d’exprimer de profonds regrets pour la mort cruelle infligée à Jan Hus et pour la blessure de conflit et de division qui s’en suivit, laquelle fut par conséquent imposée aux esprits et aux cœurs du peuple bohémien.’ Le slogan de Hus ‘La vérité prévaut’ inspira Tomáš Masaryk dans ses efforts d’établir un état indépendant pour les peuples tchèques et slovaques opprimés, après la Première Guerre mondiale, adoptant la phrase comme devise lorsqu’il devint le premier Président de la Tchécoslovaquie en 1918. Le mouvement Charte 77, menant à la résistance face à l’autorité communiste, avait la devise ‘La vérité prévaut pour ceux qui vivent dans la vérité’, faisant écho aux écrits du dissident Václav Havel, lequel, déjà dès 1978, poussa ses compatriotes à vivre pour la vérité et à ne pas accepter le mensonge. ‘La vérité et l’amour doivent prévaloir face au mensonge et la haine’, continua-t-il à répéter. Pendant qu’il était président, la version latine ‘Veritas vincit’ fut affichée sur la bannière présidentielle.

Héritage pertinent

Lubomír Zaorálek, ministre tchèque des Affaires étrangères, l’un des nombreux ministres engagés activement dans le Festival de Hus, écrit : ‘Dans ces temps modernes, l’héritage de Jan Hus est de plus en plus pertinent. À bien des égards, la société se retrouve dans une situation similaire à celle de son temps. Pour cette raison, le public tchèque devrait se souvenir de la personnalité de Hus, et pas seulement à l’occasion de cet anniversaire.’ Six siècles après que le corps de Jan Hus ait péri dans les flammes à Constance, sa voix continue d’être entendue, rappelant aux Tchèques aujourd’hui que ‘La paix entre un homme et son prochain ne peut seulement venir que s’il fait d’abord la paix avec son Dieu et trouve ainsi la paix avec lui-même.’ Le mois dernier, lors d’une excuse parallèle à celle de Jean-Paul II, le Pape François demanda pardon à l’Eglise vaudoise ‘pour les attitudes non-chrétiennes et même inhumaines et le comportement que nous (l’Eglise catholique) vous avons montré’. François demanda pardon à Turin, la ville où un massacre infâme de plus de 1700 Vaudois fut autorisé, la semaine de Pâques, en 1655. Cette église démarra au 12ème siècle, après que Pierre Valdo fut excommunié à Lyon pour avoir prêché un message similaire à Hus.

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À la semaine prochaine,

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