Dieu existe! Dieu existe!

décembre 15, 2014

Il y a vingt-cinq ans, une révolution explosait dans le monde. Un système communiste obsolète et inhumain commença à s’effriter sous le poids de ses propres mensonges. Une génération, aujourd’hui adulte, était trop jeune pour se souvenir des développements tendus amenant aux scènes d’euphorie autour des brèches du mur de Berlin, ou bien la réplique tout autant théatrale qui causa la libération de la Roumanie, la rupture de l’Union Soviétique, et finalement, l’ouverture de l’Albanie.

Durant les derniers mois, nous avons pu nous remémorer certains événements de masse, apparemment non coordonnés, provoquant des résultats inimaginables : parmi ceux-ci, la protestation du syndicat de Lech Walesa à Gdansk, le mouvement de prière et de paix à Leipzig et dans d’autres villes allemandes, le pique-nique paneuropéen à Sopron en Hongrie, la révolution chantante et la chaîne humaine dans les pays Baltes, et la révolte de Timisoara en Roumanie. Beaucoup de ces mouvements ont des origines clairement chrétiennes.

Aujourd’hui, alors que je suis en voyage pour Timisoara, je rencontrerai, en chemin, mon collègue et ami de longue date, Al Akimoff, à Budapest. Ensemble, nous roulerons à travers la grande plaine de Hongrie jusqu’à la frontière roumaine, pour finalement atteindre Timisoara, afin de prendre part aux commémorations de la Révolution Populaire qui renversa la tyrannie de Ceausescu en décembre 1989. Il y a cinq ans, lors de ma dernière visite à Timisoara, ma collègue de JEM, Beatris Simion, m’emmena sur la place de la ville où des milliers de Roumains s’étaient agenouillés sur les pavés gelés, quelques jours avant Noël, scandant ensemble le Notre Père.

Beatris, malheureusement décédée depuis dans un accident de voiture, faisait partie, le 20 décembre, de la foule de 100.000 personnes, figurant sur cette photo et regardant en direction de la cathédrale orthodoxe. C’est sur cette place que la chute du dictateur Ceausescu débuta, menant à son exécution, quelques jours plus tard, juste avant la fin de l’année. Durant plusieurs jours, les foules convergèrent vers cette place, jusqu’à l’annonce officielle de la destitution du dictateur, le vendredi 22. Entre-temps, la foule atteignit 150.000 personnes. Lorsqu’ils entendirent les nouvelles, ils commencèrent à crier avec enthousiasme : “Dieu existe! Dieu existe!”

Prière

Le pasteur Peter Dugulescu s’adressait à la foule d’un balcon de l’opéra, sur la place, en face de la cathédrale. Lorsqu’il invita la foule à réciter le Notre Père après lui, celle-ci se tourna instinctivement vers la cathédrale, et s’agenouilla sur le sol gelé. Le pasteur baptiste évoqua sa surprise face au ‘fort accent religieux après tant d’années d’éducation athée’. ‘Ce cri, cette faim de Dieu, éclata fortement à plusieurs moments ce jour-là, au moins cinq fois, alors qu’ils récitèrent ensemble cette prière et crièrent : “Dieu existe!”’

Le catalyseur de ce rassemblement de foules sur la place fut la résistance opiniâtre d’un pasteur réformé hongrois, Laszlo Tokes. S’étant prononcé franchement contre la politique du gouvernement et les abus des droits de l’homme, on lui ordonna de quitter la ville pour aller dans un village isolé. Ayant refusé de s’y rendre, l’électricité de sa maison lui fut coupée et son carnet de rationnement confisqué. Les membres de l’église s’unirent afin de le soutenir et de pourvoir à ses besoins, malgré l’arrestation de certains. Un de ceux-ci fut même retrouvé assassiné dans les bois.

Hymne

Une cour ordonna son éviction le 15 décembre, il y a exactement 25 ans aujourd’hui. Alors que la date s’approchait, les paroissiens commencèrent une veillée en dehors de son appartement, refusant les ordres de circuler. Une chaîne humaine se forma autour du bloc, empêchant l’accès des forces gouvernementales.

Les nouvelles de l’éviction en cours se répandirent grâce à des programmes radios étrangers. Avant le soir-même, la foule enfla, jusqu’à s’étendre sur plusieurs blocs. Bon nombre d’étudiants, roumains et hongrois, se joignirent à cette chaîne humaine. Ils chantèrent d’abord des hymnes, et puis l’hymne révolutionnaire interdit : ‘Eveille-toi, Roumain’ (devenu l’hymne national après la révolution de 1989).

Criant : « Stop au communisme ! », la foule se dirigea de l’appartement de Tokes vers le centre de la ville. Les forces gouvernementales la chassèrent avec des canons à eau, mais ces derniers furent saisis par la foule et jetés dans la rivière. Une insurrection de grande envergure était désormais en cours et les manifestations continuèrent les deux jours suivants. L’armée tira sur la foule, tuant des dizaines de personnes, mais lorsque des dizaines de milliers d’ouvriers se joignirent aux manifestants, l’armée se retira. Le 20 décembre 1989, Timisoara fut déclarée la première ville libre de Roumanie. En deux jours, la révolution se répandit dans tout le pays et Ceausescu se retrouva conspué par une foule énorme en dehors de son palais de Bucarest. Avec sa femme, ils durent s’échapper en hélicoptère, pour finalement être arrêtés, jugés et exécutés.

Une révolution improbable et imprévue fut déclenchée par un petit groupe de courageux et fidèles membres d’église, se levant en solidarité envers leur pasteur. Réellement, Dieu existe!


À la semaine prochaine,

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