Soli Deo Gloria

mars 26, 2018

A l’approche de Pâques, les salles de concert, les cathédrales et les églises, dans toute l’Europe, résonnent avec le génie de La Passion de Saint-Matthieu de Jean Sébastien Bach, souvent considérée comme la plus grande œuvre musicale jamais composée.

Mercredi dernier, le 21 mars, l’anniversaire de Bach fut célébré par des programmes radio dans le monde entier (‘Happy Bach Day’) et par des milliers de musiciens jouant librement du Bach dans les lieux publics.

Bach a écrit pas moins de cinq Passions, mais seules deux, celles basées sur Saint-Matthieu et Saint-Jean, ont survécu. Les Passions appartenaient à une tradition séculaire, observée au moins dès le quatrième siècle, de psalmodier les récits que fait l’Evangile de la souffrance finale et de la mort de Christ.

Tout comme les Evangiles eux-mêmes sont des récits de la Passion avec des présentations approfondies, les Passions de Bach font partie d’une série de cantates qui, à leur tour, appartiennent au cycle annuel de la musique d’église. Suivant la déclaration de Luther, « la croix seule est notre théologie », la musique de Bach avait la croix pour centre.

Ses manuscrits révèlent à quel point Bach croyait personnellement à l’Evangile. Il écrivait souvent des abréviations sur ses partitions musicales, telles que ‘S.D.G.’ (Sola Deo Gloria – à Dieu seul soit la gloire), ‘J.J.’ (Jesu Juban – Aidez-moi Jésus), ‘I.N.J.’ (In Nomine Jesu – Au nom de Jésus). Il exhortait ses élèves à consacrer leurs talents au Seigneur Jésus-Christ afin de devenir de grands musiciens. Selon lui, la musique était un acte d’adoration.

Sa bibliothèque contenait plus de quatre-vingts livres sur la foi chrétienne, y compris de nombreux ouvrages écrits par Luther. De toute évidence, sa foi personnelle était la source d’inspiration pour ses réalisations musicales presque surhumaines et inégalées.

Bach est considéré comme étant le père de la musique classique. Son développement de la fugue – et donc de la musique contrapuntique – donna lieu à des concertos, des sonates, des quartets et des symphonies. Ses carnets d’enseignement et ses livres de violon sont devenus, depuis lors, la base de la théorie et de la pratique de la musique. Il a été le premier à utiliser les cinq doigts sur le clavier, y compris le pouce. L’ère baroque de la musique atteignit son paroxysme dans l’œuvre de Bach et a constitué la base de toute la musique qui suivit. Il influença profondément les œuvres d’autres musiciens, dont Beethoven, Haydn, Mendelssohn, Mozart, Chopin, Wagner et Brahms.

Inspiration

Il est impossible de penser au développement de la musique occidentale sans Jean Sébastien Bach et, plus encore, sans l’influence profonde de la Bible et de l’histoire de Jésus-Christ. Pourquoi la musique occidentale se développa-t-elle si différemment de celle des autres cultures ?

Alors que les cultures grecques et romaines ont contribué à façonner l’art occidental, la littérature et l’art dramatique, nous en savons peu au sujet de leur musique. La musique de louange juive était cependant l’inspiration de la musique paléochrétienne. La Bible contient de nombreuses descriptions de l’utilisation de la musique dans l’adoration, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Les Psaumes sont une collection de chants de louange, souvent accompagnés d’instructions pour le directeur de musique, désignant même la mélodie (par exemple le Psaume 75).

Les Psaumes inspirèrent directement la liturgie de l’église primitive et l’émergence de la musique grégorienne au Moyen Age. C’était un moine bénédictin du onzième siècle, Guido d’Arezzo, qui inventa la notation musicale en utilisant une portée de quatre lignes sur laquelle écrire le ton de la note. Ceci a permis à la musique d’être enregistrée et transmise sans dépendre de la mémoire humaine. Cette invention était aussi cruciale pour le développement de la musique, que l’écriture pour la littérature. Pour aider ses étudiants à mémoriser les notes de la gamme, c-d-e-f-g-a, Guido donna les noms des notes sur base des premières syllabes des phrases d’un chant chrétien centré sur Saint-Jean, comme suit :

UT queant laxis REsonare fibris MIre gestorum FAmuli tuorum SOlve pollutis LAbiis reatum Sancte Iohannes.

Voici l’origine de la chanson ‘do-re-mi’ rendue célèbre par la famille Von Trapp dans le film La mélodie du bonheur. Au fil du temps, DO remplaça UT et TI fut ajouté après LA.

Harmonie

La notation a permis à la musique occidentale de se développer avec des partitions écrites, de l’ordre, de la logique et des règles. La polyphonie (différentes mélodies jouées simultanément) et l’harmonie ont donné lieu à de nouvelles expressions et de nouvelles techniques dans la musique d’église. Les chefs de chorale de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont fait œuvre de pionniers dans l’évolution de la notation musicale du rythme aussi bien que du ton. Le motet (provenant du terme français ‘mot’ ) se répandit dans toute l’Europe au treizième siècle, introduisant l’harmonie en quatre parties – soprano, alto, ténor et basse.

Alors que la musique séculière commença à prospérer au cours des siècles suivants, les bases furent façonnées par la musique d’église. L’invention de l’imprimerie à caractères mobiles de Gutenberg ne rendit pas seulement possible la distribution de la Bible. Elle a également rendu les partitions musicales plus facilement accessibles. Elle a aidé à répandre les enseignements de Luther et à catalyser la Réforme, dans laquelle la musique allait jouer un rôle central.

En se demandant « Pourquoi le diable devrait-il avoir toute la bonne musique ? », Luther adapta les chansons à boire populaires afin d’enseigner les doctrines chrétiennes de base. Deux siècles plus tard, une grande partie de l’œuvre de Bach consistait à mettre en musique la traduction de la Bible de Luther ; plus particulièrement la Passion selon Saint-Matthieu qui, en prenant les chapitres 27 et 28 du premier évangile, raconte à nouveau, cette semaine, l’histoire de la mort et de la résurrection de Jésus à des millions de personnes.

 


À la semaine prochaine,

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