Une pièce inachevée

avril 23, 2018

Ma visite à Kiev en Ukraine, la semaine dernière, était la première depuis la Révolution de Maidan, il y a quatre ans.

En me promenant autour de la Place Maidan (Place de l’indépendance) dans le centre de Kiev, j’avais l’impression d’assister à une pièce inachevée qui se déroule actuellement encore à la frontière historique entre l’est et l’ouest. Des panneaux d’information et des sculptures remplissaient la place, commémorant les événements marquants et sanglants, de ces semaines d’hiver en 2013-2014, qui renversèrent le président fantoche du Kremlin, Viktor Ianoukovytch.

Aujourd’hui, l’Ukraine oscille entre deux destins. Maidan représente un avenir prometteur dans lequel une église engagée et une Europe informée et sensible peuvent jouer des rôles décisifs. Mais une alternative sombre rôde en toile de fond, d’une Ukraine vassale avec une église rendant hommage à un Poutine se présentant lui-même comme le ‘défenseur de la foi’.

En observant la ‘place’ oblongue construite au-dessus d’un centre commercial souterrain, je me rappelais la Révolution orange qui a éclaté à cet endroit, à la fin de 2004, après que les élections présidentielles se soient révélées être truquées.

Une décennie plus tard, la Révolution de Maidan a été déclenchée après que Ianoukovytch ait bloqué l’accord d’association avec l’Union européenne. Les étudiants et les journalistes menèrent des manifestations qui grossirent pour atteindre jusqu’à 20.000 personnes. Les forces gouvernementales et leurs conseillers du Kremlin tentèrent de réprimer les protestations en utilisant des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes, avant de passer aux munitions réelles. Des tireurs d’élite, depuis un hôtel proche, tuèrent de manière aléatoire des membres de la foule qui s’est dispersée dans des bâtiments environnants pour trouver refuge. Le bâtiment syndical donnant sur la place fut incendié par des explosifs des forces spéciales, piégeant beaucoup de personnes à l’intérieur. Aujourd’hui, une banderole géante déclarant ‘Freedom is our religion !’ (La liberté est notre religion !) est suspendue à ce bâtiment toujours en cours de reconstruction.

Le Monastère Saint-Michel offrit un refuge aux manifestants et refusa l’entrée aux forces spéciales. Les manifestants résistèrent, mais pas avant que plus d’un millier de personnes n’aient été blessées et une centaine tuée. Je suis passé devant le mur du monastère couvert de photos immortalisant ces ‘Cents héros célestes’.

Après que les manifestants prirent le contrôle des principales installations à Kiev, le 22 février, le Parlement vota, à 328 contre 0, en faveur de la destitution de Ianoukovytch. Le calme a finalement prévalu.

Après une présidence intérimaire (d’un pasteur baptiste !), Petro Poroshenko fut élu Président en mai. Pendant ce temps-là, Poutine avait annexé la Crimée et ordonné une invasion furtive de la région du Donbass limitrophe à la Russie, déclenchant un conflit toujours en cours qui a, à ce jour, coûté la vie à plus de 10.000 personnes.

Symbole de liberté

En triant les faits et les impressions, j’ai lentement réalisé l’importance de cette lutte pour l’avenir de l’Europe. Quelque chose de nouveau a émergé ici. Ce que certains ont appelé l’homo maidanus a commencé à supplanter l’homo sovieticus. Car, plus de deux décennies après l’effondrement du communisme, la mentalité ukrainienne était restée inchangée, servile à l’autorité abusive et réticente à accepter la responsabilité personnelle ou à résister à l’injustice et à la corruption.

Les manifestations de Maidan ont révélé une nouvelle mentalité, n’étant plus disposée à soutenir le statu quo. Homo maidanus a insisté sur les libertés civiles et religieuses. Maidan était devenue un symbole de liberté.

Le rôle des églises, dans le succès de la révolution de Maidan, était également nouveau. Le fait que des chrétiens soient au premier rang des manifestations pacifiques, n’était pas passé inaperçu. Parmi les ‘Cents héros célestes’ figuraient des dizaines de croyants s’opposant à l’oppression, à l’injustice et à la criminalité. Le témoignage d’un manifestant que j’ai lu sur un monument, expliquait qu’il était devenu croyant lorsqu’il entendit les cloches de l’église du Monastère Saint-Michel sonner à minuit afin d’avertir d’une attaque imminente des forces de sécurité.

Présage d’espoir

Les églises ont réagi de trois manières aux manifestations de Maidan. Premièrement, la branche du Patriarche de Moscou de l’Eglise orthodoxe est restée, dans l’ensemble, fidèle à la position ferme du Kremlin, et a ainsi perdu l’autorité morale aux yeux de la plupart des Ukrainiens. Deuxièmement, de nombreuses églises évangéliques sont restées à l’écart, convaincues que la politique était une sale affaire et n’avait rien à voir avec la mission de l’église de sauver des âmes. Ces églises ont aussi perdu le respect de la plupart des Ukrainiens.

Mais en troisième lieu, l’Eglise orthodoxe ukrainienne et ces églises protestantes et évangéliques, qui ont retroussé leurs manches et se sont engagées au cœur de la lutte, ont déclaré leur soutien à Maidan parce qu’il défendait la moralité. Elles continuent à jouir d’un grand respect dans le pays. Ces églises ont développé un respect mutuel, comprenant qu’elles étaient ensemble engagées dans la mission de Dieu de voir venir le Royaume de Dieu en Ukraine. Elles ont commencé à reconnaître que leurs points communs l’emportaient sur leurs différences. Elles offraient un aperçu d’un futur corps uni de croyants, ouverts à apprendre les uns des autres.

Ces églises virent leur appel devant Dieu de servir les peuples, et non l’Etat ; de promouvoir le Royaume de Dieu dans toutes les sphères de la vie. C’était un signe avant-coureur d’espoir de transformation, non seulement en Ukraine mais dans toute l’ancienne Union soviétique. L’Eglise qui faisait partie de Maidan, indiquait l’avenir. L’Eglise qui a ignoré Maidan, sera abandonnée avec le passé.

A partir de là, ce qui se passe en Ukraine a d’énormes ramifications pour toute l’Eurasie.

 


À la semaine prochaine,

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