Voir les forêts

juin 8, 2015

Durant le week-end de Pentecôte, j’étais invité à parler lors d’un séminaire durant l’Opwekking conference sur le thème: ‘Europe: Champ de bataille ou champ de mission?’

À ma surprise, la tente du séminaire était pleine. Car, comme je le partageais à l’audience, ‘l’Europe’ a traditionnellement été un point aveugle pour les protestants et les évangéliques. Quand nous avons des idées de l’Europe, elles sont souvent négatives : de vagues opinions à propos de la Bête, du Saint-Empire romain ressuscité et d’autres pensées du même genre. Les catholiques, au contraire, tendent à avoir une pensée plus positive sur l’Europe. Je cite souvent l’historien catholique Christopher Dawson, qui dit: les catholiques voient les forêts ; les protestants voient les arbres. Et j’ajoute : les évangéliques voient les branches. En effet, avant la Réforme, l’Eglise catholique dominait l’Europe occidentale. Les catholiques savaient qu’ils appartenaient à quelque chose de plus grand que leur pays, principauté, ou même empire. Les dirigeants de l’Eglise regardaient au-delà des frontières nationales, et bien entendu vers Rome.

Dieu, le roi et le pays

La Réforme créa plusieurs églises territoriales, des landeskirchen, établies dans les pays protestants : l’Eglise d’Angleterre, l’Eglise réformée néerlandaise, des Eglises luthériennes avec des synodes nationaux et des identités nationales. Les protestants identifièrent alors leurs églises avec leurs nations ; une loyauté farouche envers ‘Dieu, le roi et la nation’, définie par une identité protestante, telle qu’encore exprimée en Irlande du Nord par exemple. Durant les siècles, des anticonformistes se détachèrent des églises nationales pour lancer des églises libres, indépendantes et principalement évangéliques. Désormais, l’intérêt se réduisait davantage à l’église locale. Et donc, ‘Les protestants voient les arbres ; les évangéliques voient les branches’. ‘L’Europe’ était, donc, bien au-delà de la conscience de la plupart des protestants et des évangéliques.

L’arrivée des enseignements pré-millenium, popularisés par J.N.Darby et la Bible Scofield, il y a plus ou moins siècle, renforça la suspicion évangélique d’une ‘Europe condamnée’. Pour les anglophones, l’Empire britannique (plus tard le Commonwealth) et l’affinité spéciale avec les Etats-Unis ont pris l’avantage sur l’Europe continentale. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens maintiennent une certaine sympathie envers les rhétoriques nationalistes, blâmant ‘l’Europe’ pour beaucoup de problèmes dont nous faisons face aujourd’hui, et argumentant que nous devons sauvegarder la nature ‘chrétienne’ de nos nations. Un ami chrétien, qui a récemment lancé un parti politique, veut que les Pays-Bas se retirent de l’Union Européenne, de l’ONU et de l’OTAN, afin de s’isoler des influences étrangères. Il est bien intentionné, mais selon ma compréhension, sa pensée est détournée, irresponsable et pas très chrétienne. Car, comme je l’expliquais à l’assemblée d’Opwekking, sans l’Europe, les Pays-Bas ne sont rien.

Personne ne développe son identité dans l’isolement. Nos relations avec nos parents, nos frères et sœurs, notre famille élargie, nos amis et nos camarades d’école, ont façonné notre identité, pour le meilleur ou pour le pire. Des relations saines avec d’autres façonnent des identités saines. Les Pays-Bas appartiennent à la famille européenne des nations dont l’identité est profondément façonnée par l’arrivée de l’Evangile. Le Christianisme, la Renaissance et la Réforme sont tous arrivés de l’extérieur des Pays-Bas et ont aidé à façonner l’identité de la nation. Le Siècle d’Or des Pays-Bas était bâti sur le commerce avec d’autres nations.

Voisins

En tant que disciples de Jésus, nous avons besoin d’une vision de l’Europe basée sur le Grand Commandement ‘d’aimer Dieu et son prochain’. Appliqué aux relations internationales, cela signifie que nous devons apprendre à construire des relations saines avec nos prochains, et non nous isoler. C’est pourquoi j’encourage quiconque étant sérieux avec l’Europe, d’envisager de participer au Masterclass sur les études européennes que nous offrons à Bruxelles cet été (du 3 au 7 août). C’est une rare opportunité d’étude, à ma connaissance, où l’Europe est regardée à la lumière de ce commandement. C’est une occasion d’acquérir une riche compréhension de l’influence transformative de l’Evangile dans l’histoire de l’Europe. Nous réfléchirons aussi à la sécularisation de la société européenne, ainsi qu’au rôle de l’Union européenne dans la sauvegarde de 70 ans de paix que nous vivons depuis 1945, une anomalie dans l’histoire européenne. Car, malgré des siècles de Christianisme, la norme en Europe a été la guerre.

Dans dix jours sera commémoré le 200ème anniversaire de la Bataille de Waterloo et de ses conséquences pour l’Europe. Romkje et moi-même avons été invités par YMCA (UCJG) Munich, de nous rendre à Waterloo ce week-end, avec des représentants d’Allemagne, de France, d’Angleterre et de Belgique. J’aborderai donc encore le thème du ‘champ de bataille ou de mission ?’ la semaine prochaine.

 


À la semaine prochaine,

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