Brasser et prier

mars 14, 2016

Les verbes ‘brasser’ et ‘prier’ ne se mélangent pas vraiment pour des gens venant de ma dénomination d’église. Pourtant, ce week-end dernier, en tant qu’honoraires pour avoir parlé à une journée porte ouverte d’un monastère au sud des Pays-Bas, j’ai été inclus dans une journée ‘Brasser et Prier’, mélangeant deux siècles de traditions bénédictines.

C’était peut-être l’humour de Dieu qu’un Kiwi (Néo-Zélandais) baptiste soit appelé à parler aux Européens, dans un monastère, à propos du rôle des cloîtres dans le façonnement de l’identité de l’Europe. L’attitude traditionnellement négative de mon église à la fois envers la bière et les monastères, s’est probablement développée, d’une part en réaction à l’abus d’alcool au sein de la classe ouvrière du 19ème siècle en Angleterre, et d’autre part à cause d’une supposition, typiquement protestante, que rien ne vaut réellement la peine d’être mentionné spirituellement après Paul et avant Luther.

Alors que nous nous approchons du 500ème anniversaire de la grande rupture que nous appelons la Réforme, nous ferions bien de nous demander quels éléments positifs nos ancêtres protestants ont-ils jetés avec l’eau du bain ?

Le brassage n’est en fait pas ce qui me vient en premier lieu en tête. Cependant, il y a peu de temps encore, boire de la bière était beaucoup plus sûr que de boire des boissons alternatives, y compris de l’eau. C’est pourquoi la ville néerlandaise d’Utrecht, où il y avait 28 monastères avant la Réforme, avait aussi 24 brasseries !

Rôle important

Arthur Guinness, fondateur de la célèbre marque de bière, a été profondément influencé par le ministère de John Wesley et fonda la première Ecole du dimanche en Irlande. Sa devise de famille était : Spes mea in deo (mon espoir est en Dieu). Troublé par l’ivrognerie répandue, il croyait que Dieu lui avait dit en prière de ‘faire une boisson qui sera bonne pour les hommes.’ Il développa donc sa bière noire stout, qui contenait tellement de fer que les gens se sentaient remplis avant qu’ils ne puissent boire de trop. Le niveau d’alcool y était plus bas que dans le gin ou le whiskey. (Une recherche récente de l’Université du Wisconsin a conclu qu’une pinte de Guinness par jour renforçait la santé et était beaucoup mieux que la caféine dans le café ou le sirop de maïs à haute teneur en fructose dans les sodas.)

Alors que je marchais (courais ?) avec mon public à travers vingt siècles d’histoire de l’Eglise, en moins d’une heure, je me rappelais du rôle extrêmement important que les communautés monastiques jouèrent dans le développement de la culture, de la société et des villes d’Europe ; depuis les communautés primitives du désert, les celtes irlandais, les monastères bénédictins et cisterciens, la présence urbaine franciscaine et dominicaine, jusqu’aux maisons des Frères de la Vie commune dans les Pays-Bas. Ils devinrent les éléments constitutifs du nouvel ordre qui émergea en Europe après l’effondrement de l’Empire romain. Ils modelèrent un style de vie d’alliance et d’engagement, basé sur le Grand Commandement d’aimer Dieu et son prochain. Ils exprimèrent la compassion et la miséricorde dont Jésus parla en Matthieu 25 : de nourrir ceux qui ont faim, de vêtir ceux qui sont nus, d’offrir l’hospitalité aux sans-abris, de donner à boire aux assoiffés, de visiter les prisonniers et de réconforter les malades. Ils créèrent des hôpitaux et des pensions pour les malades, les pèlerins et les voyageurs, et pourvurent aux services de protection sociale dans les cités-états émergeantes.

Sauver la civilisation

Combinant la prière et le travail, ora et labora, ils domptèrent des régions sauvages et drainèrent des marécages, construisirent des murs et des digues de pierres, créèrent des fermes et des jardins pour mettre de l’ordre dans le chaos, et enseignèrent les paysans à labourer la terre et la rendre féconde. Ils devinrent des centres d’éducation et d’érudition, recopiant minutieusement et préservant les manuscrits anciens, sauvant la civilisation des attaques de la barbarie et posant les fondements des multiples traductions de la Bible que nous considérons aujourd’hui simplement comme un acquis. Ils ouvrèrent la voie à l’écriture et aux styles d’écriture, y compris les lettres minuscules, quelque chose que les Romains ne développèrent jamais. Leur scriptoria, leurs bibliothèques et leurs livres allaient provoquer l’émergence des premières universités, composées de moines érudits et structurées selon les lignes monastiques, reflétées dans les titres et les robes des professeurs et des administrateurs dans les universités du monde entier, aujourd’hui. La devise de l’Université d’Oxford reste à ce jour : Dominus Illuminatio Mea (Le Seigneur est ma lumière).

Ces communautés devinrent des centres d’art et de musique, ainsi que de commerce et d’échanges, léguant au monde financier le système de saisie de données à deux colonnes (Hmm, était-ce le franciscain Luca Pacioli à Milan en 1494, ou Benedikt Kotruljević, à Dubrovnik, en 1458 ?).

Le père de la méthode scientifique, Roger Bacon, était un franciscain qui transforma la méthodologie de l’étude expérimentale, et créa la première classification scientifique de la nature, des éléments et de la musique, et dont l’étude de la lumière conduisit à l’invention des lunettes.

Sans oublier de mentionner le rôle des monastères dans le développement des industries de la bière et du vin ! Ni de leur rôle dans l’expansion de la foi chrétienne en tant que structures de mission. Car quand les dirigeants protestants supprimèrent les monastères durant la Réforme, parfois du jour au lendemain, comme à Amsterdam en 1578, ils perdirent un puissant moyen d’expansion de la mission pendant trois siècles entiers !

Peut-être que, durant l’année qui vient, nous devrions regarder plus humblement l’histoire de l’Eglise et comprendre ce que nous avons réellement perdu.


À la semaine prochaine,

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