Qu’a-t-il en tête?

mars 21, 2016

Un jour, Henri Nouwen passa un après-midi dans l’Augustiner Museum de Fribourg-en-Brisgau, méditant sur une sculpture en bois du quatorzième siècle de Christus auf Palmesel (Christ des Rameaux*). C’était, écrit-il, une des images du Christ les plus émouvantes qu’il ait connues.

Conçue pour être transportée sur un char, lors de la procession du Dimanche des Rameaux, la sculpture était originaire de Niederrotweil, un petit village à proximité du Rhin, près de Fribourg-en-Brisgau. Le visage long et mince du Christ, avec un front haut, les yeux repliés sur lui-même, les cheveux longs et la barbe fourchue, tint Nouwen en haleine avec le mystère de sa souffrance.

« Comme il entre dans Jérusalem entouré par des gens criant ‘Hosanna’, » écrivait Nouwen dans The Road to Daybreak (La route pour l’aube), « Jésus apparaît totalement concentré sur quelque chose d’autre. Il ne regarde pas la foule en liesse. Il ne fait pas signe. Il voit, au-delà de tout le bruit et les mouvements, ce qui est devant lui : un voyage agonisant de trahison, la torture,  la crucifixion et la mort. Ses yeux non concentrés voient ce que personne autour de lui ne peut voir ; son haut front reflète une connaissance des choses à venir bien au-delà de la compréhension de quiconque.»

Nouwen a vu à la fois la mélancolie et l’acceptation paisible de cette expression du visage ; un aperçu dans l’inconstance humaine mais aussi une compassion immense ; une conscience profonde de la douleur ineffable à subir, mais aussi une forte détermination d’accomplir la volonté de Dieu. Il a vu dans le visage de Christ un amour infini, profond et de grande envergure, né de l’intimité avec Dieu, atteignant tout le monde. Il se souvenait que Christ le voyait avec tous ses péchés, toute sa culpabilité et toute sa honte, et l’aimait avec tout son pardon, toute sa miséricorde et toute sa compassion.

« Être simplement avec lui dans l’Augustiner Museum est une prière », écrivait-il. « Je regarde et regarde et regarde, et je sais qu’il voit au fond de mon cœur ; et je n’ai pas à avoir peur. »

Cri d’alarme

Et pourtant, d’une manière remarquable, lorsque nous lisons les chapitres de l’évangile de Matthieu (21-25) décrivant la dernière semaine avant la crucifixion, Jésus ne semble pas préoccupé par les souffrances à venir, jusqu’au chapitre 26, deux jours avant la Pâque. Quelque chose d’autre semble aussi avoir préoccupé ses pensées alors que la foule l’acclamait dans la vieille ville.

Regardez ses actions et ses paraboles : la purification du temple, la malédiction du figuier, la parabole des deux fils, la parabole des vignerons, suivie de la parabole des invités aux noces (chapitres 21 & 22). Aucune d’entre elles ne se concentre sur sa mort prochaine. Lisez les sept malheurs prononcés sur les pharisiens qu’Il appelle serpents et race de vipères. Et le terrible avertissement de la maison qui deviendrait déserte : Jérusalem et le temple seront détruits, ce que Jésus précise dans le chapitre suivant à ses disciples incrédules.

Jusque-là, il n’a fait qu’une seule allusion voilée à sa mort prochaine – l’histoire des vignerons qui tuèrent le fils du propriétaire. Au lieu de cela, il parle de son désir de rassembler les enfants de Jérusalem, mais ils n’étaient pas prêts. Bien qu’avant son arrivée à Jérusalem, il ait, à trois reprises, déjà parlé aux disciples de l’approche de sa souffrance et de sa mort (16:21, 17:22, 20:17), aucune mention spécifique de celles-ci n’est faite à nouveau jusqu’à seulement quelques heures avant sa Passion.

Fil conducteur

Qu’avait-il donc en tête ? Quel est le fil conducteur au travers de ces histoires et de ces actions ? Son cœur n’était-il pas aussi accablé par le sort d’Israël et des Juifs qui n’avaient pas reconnu le jour de leur visitation ? La purification du temple – une maison de prière pour tous les peuples transformée en une place de marché –  représentait le jugement sur un peuple qui avait oublié pourquoi il avait été choisi : être une lumière pour les païens.

Le figuier était maudit car il ne portait pas de fruit. Qui était le fils qui accepta de faire la volonté du père, mais ne la fit pas ? Et l’autre qui refusa au début, et puis finit par obéir ? Le festin des noces parle des invités (les Juifs) qui étaient trop occupés pour venir ; les exclus (lisez les païens) ont été alors conviés à l’intérieur.

Pour moi, le passage clé est l’histoire des méchants vignerons (21:33-46), qui tuent les messagers du propriétaire, et ensuite son propre fils, pensant qu’ils hériteraient eux-mêmes de la propriété. Jésus demande à la foule de juger : « Que va faire le propriétaire à ces vignerons ? » Ils connaissent tous la bonne réponse : «  Il fera périr misérablement ces misérables et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui en donneront le produit au temps de la récolte. »

« Exactement ! » répond Jésus en réalité. Il ajoute ensuite : « C’est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à un peuple qui produira ses fruits. » Ceci doit certainement être un des versets les plus tristes dans le Nouveau Testament ! Alors que Paul nous donne une raison d’espoir concernant Israël et les Juifs (Romains 9-11), Jésus ne le fait pas vraiment.

Ne pourrions-nous pas aussi lire les implications tragiques du rejet du Messie, par Israël, sur le visage de cette sculpture en bois de Christ ?

*Christus auf Palmesel était une procession, avec la statue de Christ sur un âne, le jour du dimanche des Rameaux, dans beaucoup de villes germanophones durant le Moyen-Âge.


À la semaine prochaine,

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