Cent jours

octobre 3, 2016

Cent jours après le referendum fatidique du Brexit, Theresa May a annoncé qu’elle lancera l’Acte de Grande Abrogation avant le 1er avril 2017, déclenchant par conséquent l’Article 50 et entamant le processus de deux ans de sortie de l’Union européenne.

Au cours de ce week-end en Ecosse, j’ai rencontré une Grande-Bretagne profondément divisée et confuse, les Ecossais étant à couteaux tirés avec Westminster sur leurs relations avec l’Union européenne.

Au sud de la frontière, les Leavers (le camp du départ de l’UE) se félicitaient qu’aucun grand désastre ne se soit abattu sur le Royaume-Uni, comme l’avait prédit le camp du maintien. Un temps ensoleillé inhabituellement chaud a aidé à distraire les vacanciers britanniques face aux perspectives lugubres des années à venir. Une autre victoire britannique au Tour de France et une grande moisson de médailles olympiques par les athlètes britanniques à Rio ont donné à la nation un sursaut émotionnel, effaçant des mémoires l’élimination embarrassante de l’Angleterre au Championnat d’Europe de Football. Dans un monde de post-vérités, où les sentiments importent plus que les faits, la vie ne semble finalement pas si mauvaise.

Les Remainers (camp du maintien dans l’UE) peinaient à souligner que le Brexit n’avait pas encore commencé. Ils parlaient d’une ‘drôle de guerre’, se référant à la période comparable d’inaction au début de la Deuxième Guerre mondiale, entre l’invasion allemande de la Pologne, en septembre 1939, et de la Norvège et des Pays-Bas en avril 1940.

Fausse déclaration

Dans le petit village de West Kilbride, je me suis procuré une copie du The New European, auto-décrit comme le premier journal mondial contextuel ‘afin de donner une voix aux 48%’ qui ont voté pour le maintien. Il y a deux semaines, j’étais tombé sur cette nouvelle publication dans un petit village français en Dordogne (!), une relance du journal créatif, mais éphémère, de Robert Maxwell The European, durant les années 90. Le journal offrait un résumé des 100 premiers jours du Brexit en 100 objets répandus sur deux pages – un rappel graphique des tensions et des discordances, de la méfiance et de la récrimination faisant maintenant partie de la vie quotidienne britannique.

Cette semaine, un ancien président d’une dénomination évangélique m’a écrit : Je n’en reviens toujours pas du résultat du referendum, ici, en Grande-Bretagne, ressentant un mélange de morosité, de consternation, de colère et de préoccupation, non seulement quant à la décision mais aussi quant aux attitudes que cela a révélé au sein de la nation britannique. Je suis las des fausses déclarations, non seulement de l’Union européenne, mais aussi de l’Europe dans son ensemble et du manque de voix s’élevant contre l’injustice, la tromperie, la manipulation et l’ignorance, particulièrement parmi les chrétiens.

En tant qu’exemple, il attacha un email diffusé par un auteur et prédicateur évangélique bien connu approuvant une ‘prophétie’ exprimant la faveur de Dieu envers la Grande-Bretagne par la délivrance ‘du pacte de quarante ans avec les nations européennes dominées par des valeurs humanistes et infiltrées par les satanistes’. Décrivant ses sentiments en regardant The Last Night of the Proms, l’auteur avait écrit : ‘Etait-ce mon imagination ou y-a-t-il quelqu’un d’autre qui a détecté une ferveur (du Brexit ?) supplémentaire de patriotisme qui s’écoulait par vagues hors de l’Albert Hall et retentissait de la foule sur la route et des autres parties du Royaume-Uni ?’

‘Toi, Grande-Bretagne, tu es comme les bonnes figues qui ont été expédiées en exil avant que le jugement ne tombe (Jérémie 24)’, déclarait la prophétie. ‘Il y aura de grandes ténèbres et des bouleversements au sein des institutions européennes, mais j’ai fait ceci au sein de votre nation, en ce moment, pour vous préserver… Je n’ai pas manqué d’aimer la nation de Grande-Bretagne.’

Exemple

Bien sûr, il y a de la place pour le patriotisme et pour un orgueil national sain. Mais sûrement, nous devrions nous inquiéter lorsque l’exceptionnalisme et la ferveur nationaliste britanniques s’enveloppent dans un langage religieux ! Quant à ces ‘valeurs humanistes’, elles sont même manquantes dans le refus de Theresa May à lever le petit doigt, pour aider les plus vulnérables de ce monde, lors d’un récent sommet sur les réfugiés aux Nations Unies. Comparez cela avec la position chrétienne de principe d’Angela Merkel pour alléger le traumatisme des multitudes de réfugiés, malgré le coût politique pour sa propre personne.

Le monde a vu maintenant la Grande-Bretagne comme un pays sans cœur, ne faisant pas sa part, écrivait le dirigeant libéral démocrate, Tim Farron, dans The New European. Complaisante avec la xénophobie de beaucoup de Leavers, la position de la Première ministre contredisait le rôle historique de la Grande-Bretagne, argumentait-il, en tant que sanctuaire pour les désespérés, les vulnérables et les persécutés.

Elle contredit aussi l’exemple de l’Archevêque de Cantorbéry qui a abrité une famille de réfugiés dans son quartier général de Lambeth Palace. C’est ce que j’ai entendu, mercredi dernier à Bruxelles, lors d’un événement remarquable appelé Quo Vadis Europe, parrainé par un eurodéputé chrétien, Branislav Skripek. Tenue dans les bâtiments de la République slovaque (actuellement à la présidence de l’Union européenne), la conférence était donnée par des orateurs promouvant les valeurs chrétiennes que le père fondateur, Robert Schuman, croyait être fondamentales pour le projet européen.

Se clôturant par un temps passionné d’adoration, l’événement était bien loin de la caricature de la scène bruxelloise circulant aujourd’hui dans certains cercles chrétiens en Grande-Bretagne.


À la semaine prochaine,

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