Fausse attente apparaissant réelle*

juin 25, 2018

Les Européens, comme vous et moi, sont le cœur du problème de la question migratoire actuelle. La cause principale de la réponse de l’Europe est la peur. Nos peurs permettent aux partis populistes d’influencer le choix des partis centristes vers la droite.

Et la peur est une fausse attente apparaissant réelle*. Dr Katrine Camilleri, responsable des Services Jésuites aux Réfugiés à Malte, me l’a appris. Elle a aidé les réfugiés et les personnes déplacées de force durant deux décennies. Elle a prononcé un discours cinglant sur la réponse de l’Europe à la situation des réfugiés, lors du Forum sur l’état de l’Europe à La Valette, l’an dernier. Malte se trouve juste sur la route de migration de la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Europe, et est donc sur la ligne de front de la réception des réfugiés, avec la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

« Pour un pays de la taille d’un rocher », nous expliquait-elle, « ces arrivées mettent à rude épreuve, non seulement nos capacités logistiques, mais aussi notre tradition ancestrale d’hospitalité. Il est quelque peu ironique que le pays qui se targue d’avoir accueilli Saint-Paul, avec une bonté inhabituelle, comme nous le disent les Actes des Apôtres, accueille ces arrivants en les enfermant dans des centres de détention. »

« Les migrants ont été maintenus en détention jusqu’à 18 mois, dans certains cas. Les conditions étaient complètement insalubres. Les centres étaient surpeuplés. Les gens n’avaient pas accès aux services de base, dont nous savions qu’ils avaient désespérément besoin. »

Murs

Beaucoup, disait-elle, fuyaient la guerre et la violation massive des droits de l’homme. Le voyage, lui-même, a fait traverser, à beaucoup d’entre eux, des épreuves difficiles à imaginer. Beaucoup avaient légalement droit à la protection internationale. Katrine ne pouvait que se demander si recevoir ces personnes qui se présentaient à nos portes, nous demandant de l’aide, n’était pas complètement en décalage, totalement incompatible avec notre perception de nous-mêmes et avec nos valeurs européennes?

La réponse de l’Union européenne aux demandeurs d’asile qui étaient arrivés par la Grèce, en 2015, était à peu près la même, poursuivait-elle. Bien que nous fassions partie d’une Union fondée sur les valeurs fondamentales de solidarité et de respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, nous avons vu des Etats agissant seuls, refusant de voir cela comme un défi européen et refusant de développer une réponse commune et efficace.

« Les Etats européens réagissent toujours en érigeant des murs » disait Katrine. « Nous érigeons ces murs pour nous protéger de menaces, réelles ou perçues, envers notre culture, nos valeurs et notre héritage chrétiens, notre stabilité, notre confort et, éventuellement, notre sécurité. Des murs aux formes diverses et variées : des murs de frontière, des mesure de contrôle des frontières, de plus en plus sophistiquées et militarisées, des accords avec des pays tiers tels que la Turquie et la Libye, des pays où les demandeurs d’asile ne peuvent pas trouver une protection effective. La liste est interminable. »

« Ces murs sont, en partie, le résultat de l’indifférence. Le Pape François parle, à plusieurs reprises, de la culture de l’indifférence qui ne nous permet pas de voir les besoins de l’autre, encore moins d’en éprouver de l’empathie. La peur vous rend totalement incapable de penser à quoi que ce soit d’autre, excepté à votre propre protection. Tout a l’air d’une menace et vous répondez en conséquence. Vous érigez des murs pour vous protéger. »

Moins humains

« Sur le plan individuel aussi bien qu’au niveau national, la peur nous pousse à construire des murs et nous rend incapables de regarder au-delà de notre propre auto-préservation, aux besoins des personnes qui vont être affectées par ces murs. »

« Je ne veux pas minimiser les défis posés par un grand nombre d’arrivées. Les défis sont réels. Les gens craignent que cela change l’Europe, et je dis qu’ils ont probablement raison. Mais je crois que ce qui nous changera est la manière dont nous choisissons de réagir à ces défis. Nous pouvons choisir de dresser des murs, de réagir par la peur, par l’instinct de l’auto-préservation ou nous pouvons choisir d’accueillir, de recevoir les gens qui arrivent sur nos côtes, qui fuient, comme nous-mêmes nous souhaiterions être traités. »

« Réagir par la peur est aussi très problématique pour ce que cela nous fait. La peur nous empêche de voir les réfugiés arrivant à nos frontières en tant que personnes, en tant qu’individus ayant des besoins et des droits. Les morts à la frontière, la détention arbitraire et les conditions misérables, les mauvais traitements, les abus : que faire ? La peur nous permet de supposer que la violation des droits de l’homme est, dans certaines circonstances, nécessaire et justifiée. La peur nous permet de déshumaniser les réfugiés et de fermer les yeux sur leurs besoins et leurs souffrances auxquels la loi nous oblige de répondre. Nous sommes tenus par la loi de protéger et de venir en aide aux réfugiés. »

« Non seulement le visage de l’Europe est changé, mais aussi notre âme. Nous devenons moins humains. Nous nous tournons vers l’opposé de ce que nous professons, en tant qu’individus et en tant qu’Union qui est censée êtrefondée sur la solidarité et le respect des droits de l’homme. Nous répondons d’une manière qui est tout, sauf chrétienne, même si ironiquement, nous le faisons dans le but de protéger notre héritage chrétien. »

* Il s’agit d’un acronyme basé sur le mot peur en anglais : FEAR = False Expectation Appearing Real

(La traduction en français des ‘pensées de la semaine’ de Jeff Fountain sera interrompue durant le mois de juillet. Les versions originales du ‘weekly word’ continueront cependant à être publiées. Nous reprendrons les traductions des pensées au mois d’août, en rattrapant le retard de juillet. Vous pouvez donc ignorer le message automatique ‘à la semaine prochaine’ ci-dessous. Merci pour votre compréhension, Cédric Placentino)


À la semaine prochaine,

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