L’Eglise et le Royaume

juin 11, 2018

Aux Pays-Bas,on disait Un Néerlandais, un théologien; deux Néerlandais, une assemblée; trois Néerlandais, une division. Des optimistes ajoutaient : Quatre néerlandais, un réveil.

Beaucoup de choses ont changé au cours des quatre décennies que j’ai vécu aux Pays-Bas. Et je l’ai encore découvert la semaine dernière, lorsque Romkje et moi avons participé à un Forum chrétien national avec plus de cinquante responsables d’église: des catholiques, des réformés, des orthodoxes, des luthériens, des baptistes, des membres de confréries, des moraves, des pentecôtistes, des quakers, des migrants et d’autres provenant d’églises libres.

Le forum est une expression nationale du Forum chrétien mondial qui est apparu depuis l’an 2000 afin que des responsables de différentes églises, organisations et traditions, se rencontrent sur un pied d’égalité, pour favoriser le respect mutuel et relever ensemble les défis communs.

Aux Pays-Bas, le forum est organisé depuis plusieurs années avec une représentation, à peu près égale, des églises traditionnelles et des nouvelles églises. Un esprit de respect mutuel et d’acceptation était évident. Des histoires de pardon, intervenu entre réformés et pentecôtistes au cours des dernières années, étaient partagées.

Les titres et les toges cléricales étaient laissées à la porte, alors que tout le monde s’appelait par son prénom et se parlait d’égal à égal. Et égaux nous l’étions lorsque nous nous sommes agenouillés,dans l’humilité et l’adoration, devant une croix, un crucifix même, un accessoire permanent sur le mur du centre de conférence monastique où nous nous sommes rencontrés. En tant que frères et sœurs, disciples de Jésus, camarades pèlerins, membres de la même famille de Dieu.

Je réalisais que quelque vingt-cinq années s’étaient écoulées depuis que j’avais participé à des réunions de responsables d’église aux Pays-Bas, avant que mon nouveau rôle de dirigeant de Jeunesse en Mission Europe ne recentre mon attention. Dans les années 80, JEM a contribué à rassembler annuellement jusqu’à 600 responsables néerlandais d’églises évangéliques, charismatiques et pentecôtistes, et à lancer des rassemblements de pasteurs traditionnels ouverts à l’œuvre du Saint-Esprit. Mais ce forum était bien plus large.

Convergence

L’offensive de la sécularisation et la diminution de l’adhésion à l’église avaient entre-temps fait prendre conscience, aux responsables de différentes traditions, que ce qu’ils avaient en commun était plus important que ce qui les séparait. C’était une nouvelle profondeur d’ouverture et d’acceptation. Y-a-il déjà eu auparavant une telle convergence dans un pays où, non seulement les Protestants se séparaient des Catholiques, mais les Arminiens se séparaient des Calvinistes, les conservateurs des libéraux, et où durant des siècles, les églises catholiques, luthériennes et mennonites n’étaient tolérées que si elles ne ressemblaient pas à une église de l’extérieur ?

Nous n’étions pas forcément tous d’accord les uns avec les autres. Nous apportions de toute évidence des points de vue différents. Nous venions de points de départ différents avec des histoires différentes. Mais nous étions déterminés à accepter d’être en désaccord. Nous étions là pour écouter le cœur des autres, pour comprendre ce que l’autre croyait ou avait expérimenté. Cela signifiait prendre le temps, en petits groupes, de partager le parcours de chacun.

Le thème choisi était « l’Eglise et le Royaume », et il était suggéré que nous partagions nos expériences des tensions entre ces deux concepts. Il est apparu rapidement que nous amenions un large éventail de compréhensions à la discussion. L’un mettait en garde d’être trop préoccupé par le « Royaume » comme si c’était quelque chose que nous pourrions introduire en nous-mêmes. « Regardez la manière dont l’Eglise a été distraite par la campagne contre les missiles de croisière, au début des années 80 », soutenait quelqu’un ; le « Royaume » est alors devenu une idéologie.

Paradoxe

L’autre demandait : « Jésus nous a-t-il dit de ‘chercher d’abord son Eglise’ ? N’étions-nous pas supposés chercher d’abord le Royaume de Dieu ? Ce qui posait la question : qu’entendons-nous par ‘le Royaume de Dieu’ ? Quelque chose dans l’au-delà ? Ou quelque chose déjà ici et maintenant ? Ou quelque chose ‘déjà là mais pas encore là’ ? Ne pourrions-nous pas définir le Royaume de Dieu sur base de la prière du Notre Père, c’est-à-dire là où la volonté de Dieu se fait ?… Dans chaque sphère de la vie : les vies personnelles, les vies de famille, les communautés, les écoles, les hôpitaux, les entreprises,… »

Ce qui, à son tour, souleva le paradoxe que Jésus, qui aima l’église, se donna lui-même pour elle et sera de retour pour elle, en fait, en a très peu dit au sujet de l’église dans les évangiles. Au lieu de cela, Il insista sur le Royaume : en tant que bonne nouvelle, au début de son ministère ; comme quelque chose que nous devions aider à accueillir à travers la prière, comme dans le Notre Père ; comme le sujet de la plupart des paraboles ; comme la bonne nouvelle à partager avec toutes les nations, comme dans la Grande Commission, et comme sujet des dernières instructions de Jésus aux disciples, après sa résurrection.

Certains étaient très à l’aise de parler du Royaume en ces termes. Deux participants revenaient directement du rassemblement de la Conférence des Eglises européennes à Novi Sad, en Serbie, pour examiner le sens du mot ‘témoin, justice et hospitalité’ dans le contexte des défis de l’Europe aujourd’hui.

D’autres ont avoué qu’ils étaient en territoire étranger, en train de parler à l’extérieur de l’église. Un responsable pentecôtiste m’a dit qu’il était tellement focalisé sur l’église locale qu’il n’avait jamais vraiment pensé aux desseins de Dieu pour l’Europe. Nous avons convenu d’entamer un dialogue.

 


À la semaine prochaine,

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