‘Père, pardonne-leur…’

mars 28, 2016

Dimanche dernier, il y a eu vingt ans, sept moines trappistes étaient enlevés par des terroristes islamistes dans leur monastère en Algérie et furent tenus en otage pendant deux mois. Le 24 mai 1996, les terroristes annoncèrent qu’ils avaient ‘tranché la gorge’ de leurs otages.

Il y a mille six cents, Jérôme, le père de l’Eglise du quatrième siècle, déplorait les vingt années antérieures de carnage quotidien, au sein de ce que nous appelons aujourd’hui l’Europe, des œuvres des Goths, des Huns, des Vandales et d’autres barbares. ‘Combien d’infirmières et de vierges de Dieu, de dames nobles et vertueuses, ont été la moquerie de ces brutes ! Des évêques ont été capturés, des prêtres et d’autres dans des ordres mineurs ont été mis à mort. Des églises ont été renversées, des chevaux ont été calés par les autels du Christ, les reliques des martyres ont été déterrées. Le deuil et la peur abondent de toutes parts et la mort apparaît dans d’innombrables formes.’

Il y a six jours, le deuil et la peur abondèrent de toutes part et la mort apparut une fois  de plus dans d’innombrables formes, dans les rues de Bruxelles.

Testament

Comme dit dans le film ‘Des hommes et des dieux’, Père Christian et ses confrères moines ne se faisaient aucune illusion lorsqu’ils votèrent de ne pas prendre le chemin de la prudence face aux menaces terroristes. Pourtant, ils n’étaient pas des héros courageux. Ils se sentaient comme des oiseaux sur une branche, comme le dit Christian aux dirigeants musulmans locaux, se demandant s’ils devaient partir ou non. La population locale, désirant désespérément qu’ils restent, répondit : ‘Non, nous sommes les oiseaux. Vous êtes la branche.’

Anticipant le pire, Christian laissa un testament auprès de sa famille ‘pour être ouvert dans l’éventualité de ma mort’, qui disait en partie ceci :

S’il m’arrivait un jour – et ce pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre – Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance, j’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam. Je connais la caricature de l’Islam qu’une certaine forme d’Islamisme encourage. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les idéologies fondamentalistes des extrémistes. L’Algérie et l’islam, pour moi c’est autre chose, c’est un corps et une âme…

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette joie-là, envers et malgré tout…

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui pour toi aussi je le veux ce merci, et cet « À Dieu » envisagé de toi.

Et qu’il nous soit donné de nous retrouver larrons heureux, en paradis s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen.

Ancêtres

Tout en réfléchissant cette semaine sur les lamentations de Jérôme, à la lumière des attentats de Bruxelles, je me demandais s’il n’avait jamais envisagé que ces terroristes barbares embrasseraient eux-mêmes un jour l’histoire de Jésus et porteraient eux-mêmes l’Evangile aux quatre coins du monde. Ces ‘meurtriers et violeurs’ étaient, pour beaucoup d’entre nous, nos ancêtres.

Osons-nous avoir de telles pensées ou prier de telles prières pour les terroristes de la semaine dernière ? Pourrions-nous écrire un tel testament ?

Pâques nous rappelle que l’Evangile est une histoire de mort… et de résurrection ; de pardon… et de transformation.


À la semaine prochaine,

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