Religion par procuration et par défaut

août 15, 2016

Le troisième des quatre extraits hebdomadaires du texte du Masterclass, Europe and the Gospel (L’Europe et l’Evangile), par le professeur Evert Van de Poll. Cette édition spéciale peut être obtenue par l’intermédiaire de Schuman Resources.

EVdP: L’Europe est plus chrétienne que l’on aurait pu le penser, lorsqu’on regarde à la présence visible de la communauté ecclésiale. Même dans la société pluraliste et multiculturelle où l’humanisme séculier domine la sphère publique, beaucoup de personnes ‘sans église’ maintiennent un lien indirect, souvent inconscient, avec le christianisme. Deux phénomènes confirment ceci.

Le premier phénomène est appelé ‘religion par procuration’. Le terme fut introduit par Grace Davie et Danièle Hervieu-Léger, deux sociologues de religion, une Britannique et une Française. Elles ont remarqué que l’église incarne la mémoire religieuse collective de la nation entière, y compris les personnes qui ne pratiquent pas la religion chrétienne. À cet égard, l’église a une fonction pour la société dans son ensemble. Les gens apprécient qu’il y ait des églises. De plus, ils les voient en relation avec l’histoire de leur nation. L’église fait partie du patrimoine culturel national, de sorte que l’église devrait continuer, même quand ils n’y participent pas eux-mêmes.

Grace Davie a ceci à dire : Un nombre important d’Européens se contentent de laisser aussi bien les églises que les pratiquants adopter une mémoire en leur nom (la signification essentielle du terme ‘par procuration’), plus de la moitié conscients qu’ils pourraient avoir besoin de puiser dans les mêmes fonds, à des moments cruciaux de leur vie individuelle ou collective. L’adoption quasi universelle de cérémonies religieuses, au moment d’un décès, est l’expression la plus évidente de cette tendance ; tout autant l’importance des Eglises historiques, en particulier en temps de crise nationale ou, plus positivement, de célébrations nationales.

Subconscient

Une seconde idée est liée à ceci, idée selon laquelle le christianisme est la ‘religion par défaut’ des Européens. Si vous n’êtes pas religieux vous-même, mais que vous voulez quelque chose de religieux, ceci est la religion vers laquelle vous vous tournerez, tant que vous n’avez pas de préférence particulière pour une autre. Des personnes sécularisées désirant des funérailles religieuses pour leurs proches décédés, demandent à une entreprise de pompes funèbres d’organiser un mélange éclectique de textes et de traditions, avec une connotation plus ou moins spirituelle, ou bien ils font appel aux services d’un ecclésiastique.

Quel est le paramètre par défaut auquel les Européens reviennent, lorsqu’ils pensent à des questions spirituelles, à Dieu, à la prière, à l’au-delà, au péché, à l’origine de l’homme ? Deux options semblent prévaloir. Soit un genre de spiritualité ésotérique du nouvel âge et/ou des éléments de religions païennes préchrétiennes en Europe. Pour cette option, il faut être délibérément en recherche d’un sens spirituel.

L’autre option est de prendre des traditions chrétiennes qui persistent dans l’inconscient collectif des peuples européens. Pour cette option, il n’y a pas besoin de faire beaucoup d’efforts. C’est là, disséminé dans notre culture, présent dans chaque église du coin. Si vous êtes à la recherche d’un sens spirituel et que vous ne le personnalisez pas, c’est ce que vous trouverez : une image chrétienne de Dieu, une image chrétienne de l’homme, une idée chrétienne de la prière, et ainsi de suite.

Et qu’en est-il des autres religions ? Ni l’islam ni l’hindouisme ne sont des options attrayantes pour les Européens en quête de spiritualité. Les Européens ‘de souche’ qui se convertissent à l’islam, le font presque toujours dans le contexte d’un mariage mixte. Beaucoup d’Européens ont une attitude bienveillante envers le judaïsme, mais aussi bien aux yeux des initiés que des non-initiés, celle-ci reste la religion du peuple juif.

Héritage

Malgré la sécularisation massive et le développement d’une société multi-religieuse, l’Europe est toujours considérée comme chrétienne. Le christianisme a laissé à l’Europe un riche patrimoine culturel de valeurs, d’idées et d’images, d’expressions artistiques, de traditions, de festivals, de rites de mariage et d’obsèques, de traditions sociales locales, de symboles, etc. Cet héritage se trouve partout. Cela donne une bague chrétienne à nos cultures nationales et régionales. Et elles font que l’Europe semble encore chrétienne aux observateurs extérieurs.

Beaucoup de personnes non religieuses, en Europe, ont l’idée que la religion appropriée, en Europe, est le christianisme. Alors qu’ils n’ont aucun problème de voir les églises continuer à fonctionner ‘parce qu’elles l’ont toujours fait’, ils sont souvent inquiets de la présence de ‘trop de mosquées’. Ils les tolèrent parce qu’ils pensent que les citoyens modernes le devraient, mais néanmoins, ils estiment que l’islam est étranger ‘à notre pays’, ‘à notre mode de vie.’

On peut penser à l’affaire du referendum suisse résultant en un vote contre la construction de minarets ; ou aux partis politiques qui attirent des électeurs avec le message que la présence musulmane devient une menace pour notre patrimoine culturel, disant qu’après tout, ‘nous’ sommes un pays chrétien. Des signes publics de la foi chrétienne sont tenus pour acquis, comme faisant partie du panorama. Des personnes sécularisées s’opposent activement à la destruction d’une chapelle parce qu’ils la considèrent comme un bel élément du patrimoine culturel du village.

Tous ces exemples montrent que le christianisme est considéré comme une partie normale du panorama culturel de l’Europe.

 (c) Evert Van de Poll: Europe and the Gospel


À la semaine prochaine,

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