Une lettre à la Grande-Bretagne

juillet 4, 2016

Chers amis britanniques,

Nos cœurs ont battu depuis ‘le continent’, à la fois pour ceux pour lesquels le résultat du referendum a été un choc désagréable, que pour ceux qui ont voté ‘leave’, et qui sont maintenant déçus par les vaines promesses faites par les militants du ‘leave’. Nous avons toujours apprécié et admiré votre capacité à produire des séries télévisées policières passionnantes et des drames historiques. Mais le drame de ces dix derniers jours surpasse certainement toutes les téléréalités vues jusqu’à ce jour. Avec la promesse de plusieurs épisodes à venir, nous ne sommes pas sûrs d’avoir hâte de les voir.

Certains l’ont appelé un divorce. Pourtant, l’un des partenaires ne le voulait pas ; et seulement une moitié de l’autre le voulait. À cause d’une forme étrange de démocratie, les Ecossais et les Irlandais du Nord sont forcés, par les Anglais et les Gallois, de quitter l’Union européenne contre leur volonté. Ce sera un processus long et compliqué qui ne pourra que provoquer davantage de polarisation au sein du Royaume-Uni, et des relations tendues avec les pays de l’Union européenne.

Quelle que soit l’issue politique, nous voulons affirmer que l’histoire du peuple britannique est intrinsèquement liée avec celle de l’Europe ‘continentale’, tout comme les motifs celtes complexes ornant les pages du Livre de Kells. Profondément, nous sommes indissociables.

Aujourd’hui, ma femme Romkje et moi-même commençons un Tour de l’Héritage celte de 12 jours, avec 16 compagnons de voyage, en commençant par Dublin pour ensuite nous diriger vers l’Irlande du Nord, l’Ecosse et l’Angleterre, dans le but de suivre l’impact de transformation opéré par l’Evangile au sein de vos îles, d’ouest en est et du nord au sud.

En commençant par Patrick, nous retraçons les histoires de Colomba, Aidan, Cuthbert, Chad et Augustin de Cantorbéry, parmi tant d’autres. Clan après clan et royaume après royaume, les deux îles embrassèrent l’histoire de Jésus qui, à l’origine, est arrivée un jour ‘du continent ‘ au cours du premier siècle. Le séjour de Patrick en Gaule le prépara pour sa mission auprès des Irlandais. Et Augustin fut envoyé en Grande-Bretagne (contre son gré) de Rome.

Suite

La suite de la transformation remarquable de vos îles fut une nouvelle impulsion missionnaire dans le sens inverse,  outre-Manche vers le continent, dirigée par Willibrord aux Pays-Bas, Boniface parmi les tribus germaniques, Colomban et Gall en Gaule, en Suisse et en Italie, suivis par des vagues de moines irlandais et écossais qui ont établi et entretenu des communautés monastiques à travers l’Allemagne, jusqu’à aussi tard que le siècle dernier.

Historiquement, nous sommes mutuellement fort redevables. Nos identités sont entrelacées. Cela est aussi vrai sur le plan ethnique. Ceux qui vivent dans les poches celtes des Cornouailles, du Pays de Galles, d’Ecosse et d’Irlande ont des cousins dispersés sur tout le continent, depuis la Galice en Espagne jusqu’en Gaule, et ensuite vers la Galicie en Roumanie (et en Galatie en Turquie). Les Angles et les Saxons vinrent marauder depuis l’Allemagne du Nord. Les Normands étaient des Vikings recyclés de Norvège qui s’étaient installés en Normandie, en France, pendant environ un siècle, avant d’envahir avec Guillaume le Conquérant.

La Maison Royale britannique de Windsor est d’origine allemande, une branche de la Maison de Saxe-Cobourg et Gotha. Ces noms furent changés en Windsor, et Battenberg en Mountbatten, en 1917, à cause d’un sentiment antiallemand durant la Grande Guerre. La Reine Victoria et le Prince Albert conversaient en allemand entre eux, et il leur était demandé de parler en anglais lorsqu’ils rencontraient des dirigeants du gouvernement. En d’autres termes, profondément, nous sommes unis. Que vous l’aimiez ou pas, nous sommes liés l’un à l’autre, comme les membres d’une famille.

Empathie

Beaucoup d’entre vous l’aiment, à en juger par votre réponse choquée au résultat du referendum. Romkje et moi-même venons de passer trois jours significatifs au Congrès Ensemble pour l’Europe, culminant par un rassemblement public de quatre heures, avec 6.000 personnes présentes en provenance de l’Europe entière, y compris la Grande-Bretagne. Contrant l’esprit de division et de séparation agité par le referendum, des affirmations personnelles et publiques d’empathie pour le peuple de votre pays furent exprimées à plusieurs reprises, ainsi que des déclarations  fortes et claires du genre d’Europe dont nous avons besoin : construite sur l’amour et non sur la peur ; avec des ponts et non des murs ; hospitalière et accueillante ; inclusive et non exclusive ; qui pardonne et réconcilie.

Au milieu des danses et des célébrations, de la musique et de la louange, des témoignages et des affirmations furent partagées des quatre coins du continent. Un Allemand et un Russe racontèrent l’histoire d’une remarquable marche de réconciliation, dans Volgograd, ancienne Stalingrad, entre d’anciens ennemis, s’étendant sur six kilomètres et demi de long ! Un pasteur réformé suisse de Zürich et un représentant mennonite racontèrent la réconciliation entre leurs deux traditions, remontant à la noyade du premier anabaptiste, Felix Manz, aux mains de dirigeants d’église en 1525. Des dirigeants d’églises orthodoxes, catholiques et protestantes ont affirmé ensemble, en public, leur désir ‘d’une union toujours plus étroite’ et de coopération. ‘Cinq cents ans, c’est assez !’ était le cri concernant la séparation des catholiques et des protestants depuis la Réforme. ‘L’unité est possible !’ déclara Maria Voce, dirigeante du Mouvement Focolare.

Les avenirs de la Grande-Bretagne et de l’Europe restent incertains. Nous pouvons choisir de les construire ensemble dans la foi, l’espérance et l’amour !


À la semaine prochaine,

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